Carnets du LARHRA

Sources et méthodes d’un antiquaire du XVIIe siècle : le jésuite Alexandre Wiltheim (1604-1684), « père de l’archéologie luxembourgeoise »

Sources and methods of a 17th century antique dealer: the Jesuit Alexandre Wiltheim (1604-1684), "father of Luxembourg archaeology"
Olivier Latteur

Alexandre Wiltheim (1604-1684), auteur d’un manuscrit intitulé Luciliburgensia sive Luxemburgum Romanum, est certainement l’une des figures majeures de la vie intellectuelle dans les Pays-Bas méridionaux du XVIIe siècle. Pendant trois décennies, cet antiquaire jésuite a parcouru le duché de Luxembourg afin d’étudier son passé romain et, aujourd’hui, il est bien souvent considéré comme le « père de l’archéologie luxembourgeoise ». Cet article entend mettre en exergue les sources et la méthodologie qu’il a mises en œuvre.
Un premier point de cette contribution est consacré au repérage et à la découverte des vestiges antiques. La grande diversité de sources utilisées par l’auteur y est mise en évidence : comme de nombreux antiquaires européens, il a eu recours aux itinéraires antiques, aux traditions locales, aux travaux d’érudits modernes et à ses réseaux de contacts. De manière beaucoup plus originale, il utilise aussi la toponymie, à partir de sources franques, et des observations topographiques.
Le deuxième point porte sur la place de l’observation dans le processus d’étude des vestiges antiques. L’observation personnelle des vestiges est en effet, selon Wiltheim, le fondement de toute enquête sur le passé romain. L’auteur décrit donc minutieusement chaque vestige étudié et en fournit souvent un dessin à son lecteur.
L’interprétation des reliquats romains est finalement abordée dans le troisième point. Afin de comprendre les inscriptions, les représentations iconographiques et la nature des objets étudiés, l’érudit jésuite les compare aux textes des auteurs antiques (Pline, Virgile, Plaute…) ou avec d’autres vestiges romains. Ce faisant, il a abondamment recours aux grands recueils d’antiquités de son temps (Gruter, Bergier, Lipse…) et aux données que lui fournissent ses correspondants. Il se montre également attentif à l’histoire des techniques et à la datation des vestiges, deux champs d’études encore peu pris en compte par les antiquaires de son époque.

Alexandre Wiltheim (1604-1684), the author of the Luciliburgensia sive Luxemburgum Romanum, was certainly a major figure in the intellectual life of the seventeenth-century Southern Netherlands. For three decades, this Jesuit antiquarian traveled across the duchy of Luxembourg to study the Roman past of the region. Today still, he is frequently known as the “father of the Luxembourg archaeology”. This article aims to present and study his methodology and his sources.
The first part of the paper deals with the detection and the rediscovery of the Antique remains. It highlights the broad range of sources consulted by Wiltheim. As many early modern antiquarians, he used Ancient Itineraries, early modern scholars’ works, local traditions and his network of contacts. In a more original way, his method also included toponymy (with the use of Frankish documents) and topographical observations.
The second part focuses on the observation of the Roman vestiges and their place in Wiltheim’s methodology. In Wiltheim’s view, the personal observation of the remains was an absolute necessity to carry out a serious survey of the Roman past. Thus, he took great care to describe them and he often provided drawings to the reader.
The last part is devoted to the interpretation of the Antique vestiges. To understand Roman inscriptions, artefacts and iconographic representations, the Jesuit scholar compared them with Ancient authors (Pliny, Virgil, Plautus…) or with other Roman remains. He frequently used the main collections of antiquities of his time (Gruterus, Lipsius, Bergier…) and the data provided by his correspondents. He was also interested in the history of technology and in the dating of the remains, two fields rarely studied by the seventeenth-century antiquarians.

1Aujourd’hui encore, l’antiquaire est sans conteste une figure souvent incomprise et méconnue de la vie intellectuelle de la période moderne. L’antiquaire est avant tout une personne curieuse du passé et qui a choisi de l’étudier principalement par le biais de l’objet. Celui-ci est classé, organisé et confronté à d’autres objets similaires, parfois rassemblés sous la forme d’une collection1. Les travaux des antiquaires, trop fréquemment considérés comme des sommes érudites indigestes, sans postérité, sont restés longtemps « poussiéreux et négligés dans les rayonnages des bibliothèques », ainsi que l’affirmait non sans raison l’historien anglais Graham Parry2. Les études menées au cours de ces trente dernières années, principalement en Grande-Bretagne et dans une moindre mesure en France, en Italie et aux États-Unis3, ont permis de réévaluer l’importance du savoir antiquaire, de ses méthodes et ses apports pour la connaissance du passé historique. L’histoire et l’archéologie, telles qu’elles se sont établies en tant que disciplines scientifiques au xixe siècle, sont en effet fortement débitrices de ce savoir. Archéologues et historiens ont adopté le principe d’empirisme qui guidait les antiquaires et qui les poussait à étudier et à mettre en série les objets afin de les comprendre pour eux-mêmes. En outre, et contrairement aux historiens et chroniqueurs de l’époque moderne, les antiquaires se sont intéressés très tôt à des champs d’étude tels que la vie matérielle, l’histoire des techniques ou de l’architecture4. Les sommes savantes qu’ils ont produites reposent par ailleurs sur une grande variété de sources et de méthodes, croisées de manière à comprendre l’objet et sa fonction dans toute leur complexité. Les travaux des antiquaires constituent donc un cas d’étude qu’il convient de mettre en lumière dans le cadre d’une réflexion portant sur la question des sources des savoirs à l’époque moderne.

2Cet article s’intéresse à la démarche scientifique et à la grande diversité de sources mises en œuvre par l’un de ces antiquaires, le jésuite Alexandre Wiltheim (1604-1684). Issu d’une famille aisée installée dans la ville de Luxembourg, Alexandre Wiltheim intègre la Compagnie de Jésus en 1625 et développe très vite un intérêt marqué pour les « antiquités » romaines mises au jour dans le duché de Luxembourg5. Cette région, faiblement urbanisée et relativement isolée du reste des Pays-Bas méridionaux durant l’époque moderne, était par contre importante durant l’antiquité, du fait de sa proximité avec les grandes cités romaines de Trèves et de Cologne. Les vestiges antiques du Luxembourg n’avaient cependant suscité jusqu’alors qu’un intérêt très limité et, à l’entame de sa recherche, Alexandre Wiltheim ne pouvait se reposer que sur de rares études antérieures6. Parmi celles-ci figure le manuscrit7 des Historiae Luxemburgensis antiquariarum Disquistionum libri tres rédigé par son frère aîné, Jean-Guillaume (1594-1636), également jésuite, décédé précocement à l’âge de 42 ans. Ses notes furent consultées avec grand intérêt par Alexandre Wiltheim qui les cite et s’en inspire tout en s’en détachant néanmoins pour mener une enquête nettement plus ambitieuse et critique8. Celle-ci sera consignée dans son manuscrit intitulé Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, une étude dans laquelle il tente de reconstituer l’implantation romaine dans le duché de Luxembourg, tout en dénonçant les fausses traditions circulant à ce sujet durant son époque.

Figure : Première page du premier livre de l’étude de Wiltheim, comprenant le titre du manuscrit

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Alexandre Wiltheim, Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, pars. I, s. l. n. d. [relié à Luxembourg en 1678] p. 1.

Numérisation et conservation : Archives nationales de Luxembourg (ANLux), SHL Abt. 15, 380.

3S’il est difficile de dater avec précision les premières recherches d’Alexandre Wiltheim, il a assurément entamé son entreprise au plus tard dans les années 1650 et l’a poursuivie inlassablement jusqu’en 1678. Frappé à cette date par la maladie et incapable de poursuivre ses investigations, il fit relier ses notes en vue de préparer leur impression9. À son décès, quelques années plus tard, les jésuites décidèrent cependant de ne pas accéder à son souhait et le texte resta à l’état de manuscrit jusqu’au xixe siècle10. Il sera néanmoins copié à plusieurs reprises11 au cours des xviie et xviiie siècles et circulera parmi les érudits s’intéressant au passé de la région12.

4Le Luxemburgum romanum constitue à bien des égards une recherche novatrice, notamment en raison de son ampleur, des nombreux dessins qui accompagnent le texte ou encore de l’attention que porte son auteur à des vestiges dotés d’une faible valeur artistique (poteries, tuiles, lampes…)13. Cette approche originale du passé romain vaut à l’érudit jésuite d’être communément considéré comme le « père de l’archéologie luxembourgeoise »14. Assez paradoxalement, le Luxemburgum romanum n’a pourtant fait l’objet d’aucune étude approfondie, contrairement à celles menées sur la vie ou sur la correspondance de son auteur15 : le fait que le texte latin n’ait jamais été intégralement traduit16 a probablement considérablement entravé les recherches sur les écrits de cette figure intellectuelle majeure des Pays-Bas méridionaux. Jusqu’à présent, les recherches d’Alexandre Wiltheim ont principalement été étudiées par des archéologues et historiens de l’antiquité en quête de vestiges aujourd’hui disparus17. C’est bien évidemment une approche possible du manuscrit, mais nous souhaitons aujourd’hui en présenter une autre : essayer de comprendre à partir de quelles sources et à l’aide de quelle méthode Alexandre Wiltheim a construit sa recherche, afin de le replacer plus largement dans la culture historique de son temps18. Nous nous proposons, pour ce faire, de procéder en trois temps : d’abord, le repérage des vestiges, ensuite, leur observation et leur description, et, enfin, leur analyse.

Repérer les vestiges antiques

5Dès l’entame de son manuscrit, Alexandre Wiltheim annonce avoir mené ses recherches « avec la haine des fables, à l’aide desquelles les hommes incultes ont déshonoré [s]a patrie »19. Il mentionne ensuite des étymologies associant diverses localités du Luxembourg à des lieux de culte romains : Yvois serait lié à Jupiter (Iovis), Bollendorf à Apollon (Apollendorf ), Arlon à un autel à la Lune (Ara Lunae), Luxembourg à la déesse Lucina, etc.20

6D’emblée, il rejette ces traditions et estime devoir partir à la recherche des sites occupés par les Romains à l’aide d’autres sources. Wiltheim a abondamment recours aux itinéraires et documents cartographiques antiques, en particulier la Carte de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin21. Ces sources lui fournissent des indications essentielles sur le tracé des voies romaines traversant la région et sur les localités se trouvant sur leur parcours. Si certaines de celles-ci sont bien connues (Trèves, Metz, Cologne), l’identification de plusieurs stations reste problématique, de même que celle de certains tronçons de voies romaines. Pour tenter de résoudre ces problèmes, Wiltheim utilise les données fournies par les sources elles-mêmes, à savoir les intervalles indiqués entre chacune des localités renseignées, des données qu’il confronte à des vérifications sur le terrain22.

7Mais il signale également bon nombre de vestiges ne figurant pas dans les sources antiques. Certains d’entre eux étaient particulièrement remarquables et étaient identifiés en tant que vestiges romains depuis longtemps, comme le monument funéraire d’Igel23, haut de 23 mètres.

Figure : Le monument funéraire d’Igel, situé dans le duché de Luxembourg au XVIIe siècle, aujourd’hui en Allemagne.

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Cliché auteur (2017)

8Ces vestiges facilement identifiables figuraient parfois dans des documents administratifs ou judiciaires locaux, telle la mention d’une voie romaine signalée pour avoir été endommagée par les habitants de la région de Bastogne24. D’autres étaient connus par le biais des traditions locales ou familiales que Wiltheim désigne sous le terme de « mémoire de nos ancêtres » (patrum memoria)25. Quelques vestiges avaient par ailleurs déjà attiré antérieurement l’attention d’érudits locaux ou de passage dans la région, notamment Abraham Ortelius (1527-1598) et Christophe Brouwer (1559-1617), tous deux cités par le jésuite luxembourgeois26. C’est aussi le cas de son frère Jean-Guillaume Wiltheim27. Alexandre Wiltheim a bien évidemment répertorié avec soin les rares écrits de tous ses prédécesseurs. S’il ne peut disposer de certains livres à Luxembourg (ou à Trèves où il se rend régulièrement), il essaie de se les procurer ou de se les faire envoyer par ses correspondants, à l’instar de l’Historia Luxemburgensis (1605) de Jean Bertels (1559-1607)28. Il indique également avoir bénéficié du concours de certains de ses contacts qui lui ont renseigné des vestiges jusqu’alors peu connus : c’est notamment le cas de Louis de La Neuveforge29, collectionneur d’antiquités visiblement proche de Wiltheim, qui lui fit voir plusieurs pièces de ses collections et lui recommanda la visite d’un site intéressant30. Ces différentes manières de procéder, novatrices dans le duché de Luxembourg, étaient alors largement pratiquées, depuis la seconde moitié du XVIe siècle, par les antiquaires travaillant dans d’autres régions31.

9Alexandre Wiltheim développe aussi une méthode d’investigation nettement moins classique, en travaillant notamment à partir de l’étymologie32. Le rapport qu’entretient Alexandre Wiltheim avec les recherches étymologiques est complexe. En effet, dès l’introduction de son manuscrit, comme nous l’avons vu, il dénonce virulemment de nombreuses étymologies qu’il qualifie de « fables ». Cette prudence se répète par la suite dans de nombreux passages de son texte et il n’hésite pas à mettre en garde son lecteur vis-à-vis de ces auteurs « séduits par le chant des Sirènes » (Sirenarum illecti cantu)33 que constituent les recherches étymologiques. Son point de vue à ce propos est résumé dans cette affirmation : « pour moi, c’est une opinion insidieuse, que de vouloir établir l’antiquité à partir d’une similitude entre des mots »34. Il ne rejette néanmoins pas complètement l’étude des noms anciens, à condition que celle-ci soit utilisée avec la prudence critique nécessaire. En bon connaisseur des textes médiévaux de sa région35, Wiltheim note que les Francs ont continué à user du latin pour établir leurs actes officiels36 et que ceux-ci peuvent contenir des toponymes remontant à l’époque romaine. Il a donc eu abondamment recours à des documents médiévaux, généralement qualifiés de « veteres tabulae », à la recherche de toponymes intéressants, notamment lorsqu’il cherche des traces des villas et des camps militaires que les Romains avaient établis dans la région. Il est cependant bien conscient que le fait d’accoler, par exemple, le terme « villa » à un toponyme ne signifie pas pour autant qu’il ait une origine antique : il signale d’ailleurs que plusieurs de ces sites ont été assurément fondés à l’époque médiévale37. Lorsqu’une origine romaine est jugée possible ou plausible, Wiltheim tente toujours de la conforter par le biais d’une enquête sur le terrain : comme il le note lui-même, « j’examinerai partout deux choses, d’une part, le nom (nomine), et d’autre part, ce qui est beaucoup plus avantageux (multo praestabilius), à savoir les vestiges restants (reliquis vestigiis) »38. Il dénie ainsi toute origine antique au site de la « Villa Martis », du moins « jusqu’à ce que la présence des vestiges de quelque chose de romain soit établie là-bas, grâce à l’observation » 39. À l’inverse, il estime que la découverte de plusieurs vestiges romains, conjuguée à l’appellation médiévale de « Villa Bollanae », pourrait indiquer la présence d’une villa romaine dans le village de Bollendorf40.

10Le jésuite luxembourgeois a également recours occasionnellement à des observations topographiques, en particulier lorsqu’il cherche à découvrir les emplacements de campements militaires romains. Dès le début du livre qu’il consacre à ces camps, il cite en effet l’auteur antique Végèce qui décrit le site idéal pour les établir41. Les données ainsi fournies sont confrontées aux observations menées sur le terrain : à Dalheim comme à Altrier42, où de nombreux reliquats d’époque romaine avaient été découverts, la topographie du site concorde ainsi parfaitement avec les prescriptions de Végèce et confirme l’identification du site en tant que camp militaire43. À l’inverse, la situation du « Castrum Ambra » interdit, d’après Wiltheim, de le considérer comme un possible campement romain44.

11Alexandre Wiltheim opère donc son recensement des sites et vestiges antiques du duché de Luxembourg à partir de sources très diverses : itinéraires antiques, traditions locales, documents médiévaux, travaux d’érudits modernes, renseignements fournis par ses correspondants, toponymie et topographie. Cependant, dans l’optique qui est la sienne, ces données doivent impérativement être vérifiées et validées par le biais d’une observation directe du vestige ou du site repéré.

Observer et décrire les vestiges antiques

12L’observation personnelle est également le fondement de son interprétation des structures architecturales et des objets romains mis au jour45. Cette pratique était pourtant loin d’être généralisée à l’époque : à titre d’exemple, l’un des plus grands recueils d’antiquités du xviiie siècle, L’Antiquité expliquée et représentée en figures de Bernard de Montfaucon (1719), reposait presque intégralement non pas sur les observations directes de son auteur mais sur des dessins qu’on lui avait communiqués46.

13Alexandre Wiltheim, quant à lui, indique à de multiples reprises avoir personnellement « observé avec soin » les vestiges dont il fait mention (omnia cum cura contemplatus sum ; multumque inspexi)47 et semble estimer que cette observation lui confère une certaine forme d’expertise en matière d’interprétation de monuments antiques48. Dans certains cas, l’observation peut impliquer d’autres sens que la vue : le jésuite luxembourgeois décide ainsi de « palper » le monument d’Igel dont les reliefs étaient fortement endommagés, pour essayer de mieux comprendre les scènes qui y étaient représentées (non jam oculis spectandus, sed pene manibus palpandus)49. Il indique également « avoir beaucoup foulé » par lui-même la voie romaine découverte à Niederanven50. Lorsqu’il n’a pas eu la possibilité d’observer de visu un vestige, par exemple parce qu’il a été détruit, Alexandre Wiltheim le signale au lecteur : c’est notamment le cas d’une inscription ayant disparu mais dont le souvenir avait été préservé par une transcription51 de son petit-cousin Christophe Wiltheim, également jésuite52.

14Cette pratique le conduit à fournir de longues et minutieuses descriptions des vestiges découverts. Le monument funéraire d’Igel avait par exemple déjà été étudié par le célèbre cartographe et antiquaire anversois Abraham Ortelius, en 1575, lors de son passage dans la région. Si Ortelius avait parfaitement compris qu’il s’agissait d’un mausolée familial et non d’un monument commémorant le mariage des parents de l’empereur Constantin, Constance Chlore et Hélène (comme certaines traditions le prétendaient)53, l’érudit anversois ne lui avait consacré que deux pages de son récit, s’intéressant surtout à l’inscription figurant sur le monument et ne fournissant qu’une description sommaire de ses bas-reliefs54. Wiltheim traite, quant à lui, du monument dans plusieurs chapitres successifs de son manuscrit : chacune de ses quatre faces est étudiée et chaque relief est décrit et interprété. Là où Ortelius se contentait prudemment de constater qu’il s’agissait d’un mausolée lié à la famille des Secundini, Wiltheim tente d’interpréter l’iconographie du vestige pour déterminer les liens de parenté entre les personnes citées dans l’inscription et le domaine dans lequel la famille pouvait avoir été active55. Il estime qu’il s’agissait d’agentes in rebus, agents impériaux notamment chargés de contrôler les routes et les postes impériales56. Si sa conclusion s’avère erronée, elle n’en repose pas moins sur une méthode cohérente : l’étude de l’iconographie couplée à une analyse épigraphique. Wiltheim se montre tout aussi précis lorsqu’il s’agit de décrire des objets du quotidien : il n’est ainsi pas rare qu’il renseigne les dimensions ou la contenance des vases, plats et autres ustensiles, en plus de fournir des détails sur leur forme et sur le matériau dans lequel ils furent confectionnés57. Cette observation minutieuse pousse l’érudit à établir, en quelques occasions, des comparaisons et des rapprochements entre des vestiges observés en différents endroits. C’est par exemple le cas lorsqu’il estime que les tuiles et briques découvertes à Altrier sont similaires à celles mises au jour à Dalheim, ce qui constitue l’un des éléments qui l’incitent à penser que les deux sites étaient des campements militaires romains. Il suit le même raisonnement lors de son étude de plusieurs bas-reliefs endommagés, insérés dans les murs de l’église de Waldbillig : il considère qu’ils sont semblables aux représentations iconographiques figurant sur le monument d’Igel et il en déduit qu’ils provenaient probablement, eux aussi, d’un mausolée romain58.

15Cette observation personnelle pouvait, dans certains cas, être opérée depuis le collège jésuite de Luxembourg où résidait Alexandre Wiltheim. Les jésuites, en partie sous son impulsion, avaient en effet amassé un nombre considérable de vestiges romains qu’ils exposaient soit dans leur bibliothèque, soit dans leurs jardins59. Cet usage, relativement courant au sein de la Compagnie, comme l’attestent les pratiques semblables des jésuites romains et colonais, a probablement considérablement facilité les recherches de l’antiquaire luxembourgeois60. D’autres vestiges sont étudiés sur le terrain, Wiltheim n’hésitant pas à se déplacer pour les analyser dans leur contexte. Ces déplacements lui permettent non seulement de relever des éléments de topographie, comme nous l’avons vu, mais aussi d’observer la situation de certains vestiges par rapport à d’autres61. Dans certains cas, il met par ailleurs à profit son déplacement pour mener des investigations sur le terrain, en quête d’objets dissimulés ou enfouis dans la terre. Il découvre ainsi « sous les haies et les broussailles » de Dalheim (sub saepibus atque virgultis), des amas de pierres et de briques visiblement antiques62. Il procède, sur le même site, à une véritable fouille en faisant creuser la terre : « des fondations de bains furent aussi découvertes, par des fouilles prescrites sur mon ordre (fodientibus meo iussu operis), espérant découvrir quelque chose d’antique »63. Les fouilles opérées permettent également de mettre au jour les restes d’un mur qu’il suppose être un pan de la muraille du campement romain qu’il situe à cet endroit64.

16Les nombreux dessins (environ 400) qui accompagnent le texte du manuscrit découlent de ce souci permanent d’observation.

Figure : Reproduction de l’un des bas-reliefs du monument d’Igel.

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Alexandre Wiltheim, Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, pars II, s. l. n. d. [relié à Luxembourg en 1678], p. 12.

Numérisation et conservation : ANLux, SHL Abt. 15, 380.

Figure : Deux urnes funéraires romaines conservées dans la bibliothèque du collège jésuite de Luxembourg.

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Alexandre Wiltheim, Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, pars I, s. l. n. d. [relié à Luxembourg en 1678], p. 258.

Numérisation et conservation : ANLux, SHL Abt. 15, 380.

17Ces dessins, relativement précis pour l’époque65, adoptent souvent une échelle 1:1 ou à défaut renseignent parfois l’échelle utilisée66. Ils viennent utilement compléter ses descriptions : Alexandre Wiltheim s’y réfère à plusieurs reprises et exhorte le lecteur à les observer attentivement pour bien comprendre ses analyses (intuere)67. Ces dessins avaient probablement également pour fonction, d’une part, d’être diffusés auprès d’autres antiquaires68, et, d’autre part, de conserver la mémoire de monuments endommagés ou vulnérables. Comme l’a remarquablement analysé Rosemary Sweet, le développement de la recherche antiquaire à l’époque moderne ne coïncide pas forcément avec l’émergence d’une volonté de préservation des vestiges : dans de nombreux cas, le fait de les dessiner et de les diffuser semblait suffisant pour assurer leur postérité, quitte à ce qu’ils ne soient pas entretenus, voire qu’ils soient détruits ultérieurement69.

Étudier et comprendre les vestiges

18Une fois les vestiges repérés, observés et décrits, Alexandre Wiltheim se propose généralement de les interpréter, si leur état de conservation le permet. Il accorde, dans cette optique, une attention particulière aux inscriptions et aux représentations iconographiques. Comme la plupart des antiquaires de son temps, il a abondamment recours à la confrontation du vestige étudié soit avec des textes antiques, soit avec d’autres vestiges qui ne sont pas issus du Luxembourg.

19Les textes antiques sont principalement utilisés pour essayer de comprendre les représentations iconographiques, qu’il s’agisse de scènes mythologiques ou d’épisodes inspirés de la vie quotidienne. Ce faisant, il fait preuve d’une érudition manifeste, en citant des passages d’auteurs aussi nombreux que diversifiés. À titre d’exemple, il se réfère à Virgile, Sénèque, Vitruve et Plaute pour justifier son association d’une représentation d’arc-en-ciel avec les divinités Iris et Junon70, ou à Tite-Live et Valère Maxime pour traiter de la pratique du lectisternium qu’il estime figurer sur plusieurs monuments funéraires romains71.

20L’érudit jésuite a par ailleurs abondamment recours à des comparaisons avec des objets découverts en-dehors des limites du duché de Luxembourg. Lorsqu’il est confronté à un nom de personne figurant dans une inscription, il opère ainsi de manière relativement systématique des recherches dans le recueil d’inscriptions antiques de Jan Gruter (1560-1627) qui constituait alors l’instrument de travail le plus à jour72. Cela lui permet, par exemple, de trouver des mentions d’individus portant le même nomen que celui qu’il étudie et ce, y compris dans des régions parfois assez éloignées du Luxembourg : à titre d’exemple, au moins deux inscriptions lyonnaises figurent ainsi dans son manuscrit73. Il a également recours aux travaux d’autres érudits lorsqu’il s’agit d’analyser l’iconographie présente sur certains monuments : il est par exemple très attentif aux bas-reliefs représentant des soldats en armes et compare assez systématiquement leurs casques et boucliers avec les études menées à ce sujet, entre autres, par Juste Lipse (1547-1606)74.

21Alexandre Wiltheim bénéficie, en outre, de son réseau de correspondants qui lui procure des transcriptions d’inscriptions récemment découvertes qui ne figurent pas encore dans les grands recueils dont il dispose. Il se réfère par exemple à une inscription grecque découverte à Smyrne (Izmir) en 164475, qui lui fut transmise par l’hagiographe jésuite Jacques Sirmond (1559-1651), ou encore à des inscriptions figurant sur des autels mis au jour près d’Aschaffenburg et de Mayence76, qui lui furent communiquées le jésuite Jacques Gamans (1605-1685)77. Cette correspondance permet également au jésuite luxembourgeois de prendre l’avis d’autres érudits quant à des questions qui le préoccupent, notamment à propos du tracé des voies romaines dont il discute avec les jésuites français Philippe Labbé (1607-1667) et Jacques Vignier (1603-1669)78.

22Cette méthode d’analyse, quoiqu’assez unique dans les Pays-Bas méridionaux à cette époque, est relativement proche de celle utilisée par certains antiquaires ailleurs en Europe, en particulier en ce qui concerne la mise en série des objets et le recours aux données fournies par le biais d’une riche correspondance savante. Il est toutefois deux points que l’antiquaire luxembourgeois aborde avec une acuité particulière pour son époque : d’une part, son intérêt pour les techniques antiques et, d’autre part, son souci de datation.

23Alexandre Wiltheim semble en effet particulièrement intéressé par les techniques utilisées par les ingénieurs et les artisans romains, alors que bon nombre de ses contemporains focalisaient uniquement leur attention sur les objets dotés d’une forte valeur artistique. Wiltheim se penche notamment sur l’élaboration des pavements romains ou sur l’utilisation des tuiles dans la confection des toits79. Le jésuite luxembourgeois se réfère, dans les deux cas, à l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien80 qu’il confronte à ses observations de terrain. Son étude de la structure des voies romaines est plus poussée encore : en 1622, le savant français Nicolas Bergier (1568-1623) avait publié une Histoire des grands chemins de l’empire romain, qui sera l’ouvrage de référence sur la question pour plusieurs siècles81. Nicolas Bergier y développait une approche assez novatrice, en s’intéressant non seulement au tracé des voies mais aussi à leur technique de construction. Pour ce faire, il avait eu recours au texte de Vitruve82 et surtout à une fouille menée dans les environs de Reims. Il en avait tiré une théorie selon laquelle les voies romaines se composeraient de trois couches successives (statumen, rudus, nucleus)83. Alexandre Wiltheim a bien sûr lu l’ouvrage de Nicolas Bergier auquel il se réfère directement84 mais, bien que ce dernier fasse autorité en la matière, le jésuite luxembourgeois décide de mener sa propre fouille, en compagnie de son frère aîné Eustache (1600-1667) et de son beau-frère Christophe Binsfeld85. Le livre de Bergier en main, ils comparent les résultats de leur fouille aux descriptions de celui-ci, en relevant notamment les choses qu’ils ont « observées et qui ont été soit négligées, soit non remarquées et qui n’ont certainement pas été rapportées par Bergier »86. L’observation sur le terrain et la fouille sont, une fois encore, le fondement sur lequel reposent les recherches de l’antiquaire jésuite.

24L’attention portée par Wiltheim aux questions de datation constitue également un aspect relativement original de son enquête. Malgré les difficultés inhérentes à l’exercice, à une époque où l’épigraphie et l’iconologie sont encore balbutiantes, le jésuite tente, au moins à trois reprises, de dater des sites ou des vestiges à partir de données très diverses. À Arlon, tout d’abord, il s’intéresse aux vestiges de la muraille romaine et constate qu’elle est en grande partie constituée d’inscriptions funéraires païennes réutilisées. Il se réfère à la législation romaine et constate que la profanation de sépultures y est très fortement condamnée au moins jusqu’au règne de Julien l’Apostat (361-363). À l’inverse, une loi promulguée en 408, sous les règnes de Flavius Honorius et Théodose II, prescrit la destruction des monuments païens, ce qui laisse penser à Alexandre Wiltheim que la muraille date de la fin du IVe ou du début du Ve siècle87. À Igel, comme nous l’avons vu, il considère que l’iconographie du monument évoque le travail des agentes in rebus, un corps fondé par l’empereur Dioclétien qui règne de 284 à 305, ce qui constitue un terminus a quo. Il constate par ailleurs que de nombreuses références aux divinités païennes figurent sur les bas-reliefs du monument, ce qui le pousse à affirmer que celui-ci ne peut être postérieur au règne de Constantin (306-337), qui constitue le terminus ad quem. Par conséquent, il situe l’édification du monument à la fin du IIIe ou au tout début du IVe siècle88. À Altrier, enfin, Wiltheim a recours à la numismatique : il constate que les monnaies découvertes datent toutes des deux premiers siècles de notre ère et que les plus récentes remontent au règne au Commode (180-192), ce qui indiquerait que le site n’a pas été fréquenté longtemps après son règne89. Si, au vu de nos connaissances actuelles, ces propositions de datation s’avèrent généralement inexactes90, elles reposent néanmoins sur une analyse fine des vestiges et elles ont tout simplement le mérite d’exister, à une époque où de nombreux antiquaires développaient encore une vision « anhistorique » de l’antiquité91.

Conclusion

25Que le manuscrit de Wiltheim nous apprend-il sur les sources des savoirs à l’époque moderne ? Tout d’abord, que, dans son cas comme dans celui de beaucoup d’antiquaires de l’époque moderne ailleurs en Europe, ces sources sont multiples. Le texte antique conserve son autorité et reste une indispensable mine d’informations, utilisée aussi bien pour repérer les sites que pour étudier les monuments romains. Les textes médiévaux, parfois révélateurs de réalités anciennes, sont également exploités, de même que les travaux plus récents des érudits des XVIe et XVIIe siècles. Si le texte conserve son autorité, l’attention du jésuite se focalise néanmoins sur le vestige matériel, sur la « trace archéologique » : contrairement à bon nombre de ses pairs, Wiltheim estime que celle-ci doit impérativement faire l’objet d’une observation personnelle pour être étudiée sous toutes ses facettes. Pour ce faire, le vestige peut être transporté dans le collège des jésuites de Luxembourg mais, si cela n’est pas possible, c’est à l’érudit de se déplacer pour mener à bien son étude. À cette occasion, des fouilles archéologiques sont, dans quelques cas, menées sur le terrain afin d’apporter des éclaircissements sur la nature d’un site ou sur une technique mise en œuvre par les Romains. Une fois décrit, le vestige antique doit être confronté à d’autres objets ou sites, issus ou non de l’espace étudié, ou à des textes, afin de cerner correctement sa nature et d’établir éventuellement des éléments de datation. Le cas échéant, le jésuite fait appel à ses réseaux de correspondants pour obtenir des conseils ou des données qui pourraient enrichir son analyse. L’émergence d’un impératif d’observation personnelle des sites antiques rend par ailleurs presque caduques les recherches étymologiques très en vogue à partir des derniers siècles du Moyen Âge : Wiltheim se montre très méfiant à leur égard, même s’il ne nie pas complètement leur utilité à condition qu’elles soient abordées de manière critique par le biais de sources fiables. Cependant, comme le texte, ces étymologies ne servent que d’appui ou de complément à l’analyse des vestiges découverts. En tant qu’éléments concrets et fiables, ces vestiges matériels et leur observation directe constituent donc, aux yeux de Wiltheim, la source de savoir par excellence.



Notes


1 Peter N. Miller, « A Tentative Morphology of European Antiquarianism, 1500-2000 », dans Alain Schnapp (dir.), World Antiquarianism. Comparative Perspectives, Los Angeles, Getty Research Institute, 2013 (Issues & Debates), en particulier p. 67-73 ; William Stenhouse, The Renaissance Foundations of European Antiquarianism, dans Ibid., p. 296-297 et 303-305 ; Arnaldo Momigliano, Les Fondations du savoir historique, Paris, Les Belles Lettres, 1992, p. 64-65 ; Id., « L’histoire ancienne et l’antiquaire », dans Arnaldo Momigliano, Problèmes d’historiographie ancienne et moderne, Paris, Gallimard, 1983, p. 247 ; Véronique Krings, « Prologue », dans Véronique Krings, François Pugnière (dir.), Nîmes et ses Antiquités. Un passé présent, xvie-xixe siècle, Bordeaux, Ausonius, 2013, p. 12 ; Kelsey J. Williams, « Antiquarianism: A Reinterpretation », Erudition and the Republic of Letters, 2017, n° 2, p. 65-67 ; Augus Vine, In Defiance of Time. Antiquarian Writing in Early Modern England, Oxford, Oxford University Press, 2010, p. 16-19.

2 Graham Parry, The Trophies of Time. English Antiquarians of the Seventeenth Century, Oxford-New York, Oxford University Press, 1995, p. 1.

3 Outre les ouvrages déjà cités en notes 1 et 2, voir notamment : Véronique Krings, Catherine Valenti (dir.), Les Antiquaires du Midi : savoirs et mémoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Errance, 2010 ; Odile Parsis-Barubé, La Province antiquaire. L’invention de l’histoire locale en France, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2011 ; Elena Vaiani, Dell’antiquaria e dei suoi metodi, Pise, Scuola normale superiore, 1998 ; Peter N. Miller, François Louis (dir.), Antiquarianism and Intellectual Life in Europe and China, 1500-1800, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2012 ; Rosemary Sweet, Antiquaries. The Discovery of the Past in Eighteenth-Century Britain, Londres-New York, Palgrave MacMillan, 2004 ; Stuart Piggott, Ruins in a Landscape. Essays in Antiquarianism, Edimbourg, Edinburgh University Press, 1976.

4 R. Sweet, op. cit., p. XVI-XVII. 

5 Sur Alexandre Wiltheim, sa vie et son milieu familial : Jean Krier, Edmond Thill, Alexandre Wiltheim 1604-1684. Sa vie – son œuvre – son siècle. Bilan d'une exposition, Luxembourg, Musée d’histoire et d’art, 1984, p. 7-63 ; Raymond Weiller, Alexandre Wiltheim, sa famille et son œuvre principale, le « Luxemburgum Romanum », dans Jean Krier, Raymond Weiller (dir.), Le manuscrit Wiltheim de Baslieux, Luxembourg, ministère des Affaires culturelles, 1984, p. 15-25 ; Willem Audenaert, Prosopographia Iesuitica Belgica Antiqua: a Biographical Dictionary of the Jesuits in the Low Countries, 1542-1773, t. 2, Louvain, Filosofisch en theologisch college s.j., 2000, p. 443.

6 Quelques vestiges luxembourgeois ont été relevés et étudiés par les érudits Abraham Ortelius et Jean Vivianus lors d’un voyage les menant d’Anvers à Francfort en 1575. Le récit de leur voyage sera publié en 1584 (Abraham Ortelius, Jean Vivianus, Itinerarium per nonnullas Galliae Belgicae partes, Anvers, ex officina Christophori Plantini, 1584). L’abbé d’Echternach Jean Bertels (1559-1607) est, quant à lui, l’auteur d’une Historia Luxemburgensis datée de 1605 (Jean Bertels, Historia Luxemburgensis, éd. par Jean-Pierre Brimmeyr, Mathieu Michel, Luxembourg, Buck, 1866). Cette étude du passé luxembourgeois repose, pour la période antique, en grande partie sur des recherches étymologiques relatives aux toponymes luxembourgeois.

7 Le manuscrit est conservé à la Bibliothèque royale de Belgique (Bruxelles) : KBR, Manuscrits, ms. 7146.

8 Nicolette Brouet, « Alexandre et son frère Jean-Guillaume Wiltheim, historiens de leur région », dans Humanités et humanisme dans la cité des Trévires. Actes du colloque international, 10 et 11 octobre 2003, Athénée de Luxembourg, Paris, Union latine, 2004, p. 106-120 ; J. Krier, E. Thill, op. cit., p. 63.

9 Jean Krier, « Die letzten Lebensjahre Alexander Wiltheims und die Niederschrift der Luciliburgensia Romana », dans Le Luxembourg en Lotharingie. Luxemburg im Lotharingischen Raum. Mélanges Paul Margue, Festschrift Paul Margue, Luxembourg, Éditions Saint-Paul, 1993, p. 339-344 ; N. Brouet, op. cit., p. 101.

10 L’œuvre principale de Wiltheim a fait l’objet d’une unique édition, sans traduction du texte latin, en 1842. Alexandre Wiltheim, Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, éd. par Auguste Neÿen, Luxembourg, Kuborn, 1842. Quelques passages du manuscrit ont été édités ou traduits, de manière plus ou moins scientifique, par Charles-Marie Ternes au cours des années 1960-1980. Par ordre chronologique : Charles-Marie Ternes, « Les voies romaines du Grand-duché de Luxembourg vues par Alexandre Wiltheim », dans Hémecht. Zeitschrift für luxemburger Geschichte. Revue d’histoire luxembourgeoise, 1968, n° 20/1, p. 99-109 ; Alexandre Wiltheim, Luxemburgum romanum, livre III, 82-98 et livre IV, 1-29, éd. et trad. par Charles-Marie Ternes, dans Bulletin des antiquités luxembourgeoises, 1972, n° 3/1, p. 17-20 ; Id., Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, livre I, chapitre 7, éd. et trad. par Charles-Marie Ternes, Luxembourg, Centre Alexandre Wiltheim, 1980 (Wiltheimiana, fasc. 1) ; Id., Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, livre I, chapitre 8, éd. et trad. par Charles-Marie Ternes, Luxembourg, Centre Alexandre Wiltheim, 1982 (Wiltheimiana, fasc. 2) ; Charles-Marie Ternes, « Les origines de la ville de Luxembourg dans le « Luxemburgum Romanum » d’Alexandre Wiltheim », dans Le Luxembourg en Lotharingie. Luxemburg im Lotharingischen Raum. Mélanges Paul Margue, Festschrift Paul Margue, Luxembourg, Éditions Saint-Paul, 1993, p. 637-654.

11 J. Krier, E. Thill, op. cit., p. 66-67 ; R. Weiller, op. cit., p. 21-25.

12 Il est notamment cité par Jean-Nicolas de Hontheim (1701-1790), dans son Historia trevirensis diplomatica et pragmatica (1750), et par Pierre-Joseph Heylen (1737-1793) dans sa Dissertatio de antiquis romanorum monumentis (1783). Wiltheim sera également abondamment plagié par le jésuite Jean Bertholet (1688-1755), dans son Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg (1741), ce qui lui vaudra de nombreuses critiques (la détection rapide du plagiat opéré par Bertholet indique par ailleurs que le manuscrit était alors bien connu).

13 Contrairement à plusieurs de ses contemporains ne s’intéressant qu’à certains types de vestiges, jugés dignes d’intérêt, tels que les inscriptions, les monnaies ou les objets d’arts. L’antiquaire anglais William Burton (1609-1657), contemporain de Wiltheim, qualifie ainsi de « déchets » (rubbish) les vestiges de murs, de pavements ou de voûtes. G. Parry, op. cit., p. 265.

14 Notamment : Charles-Marie Ternes, Das römische Luxemburg, Zürich, Raggi-Verlag, 1971, p. 7 ; Jacques Mersch, La colonne d’Igel. Essai historique et iconographique, Schwebsange, Publications mosellanes, 1985, p. 109-135. Voir également les notices Wikipédia en français et en allemand consacrées à Alexandre Wiltheim.

15 Sur sa vie, voir note 5. Sur sa correspondance : Jean-Claude Müller, « La correspondance d’Alexandre Wiltheim S. J. », dans Hémecht. Zeitschrift für luxemburger Geschichte. Revue d’histoire luxembourgeoise, 1984, n° 36/1, p. 167-232.

16 Comme nous l’avons indiqué en note 10, les huit livres constituant le texte n’ont jamais fait l’objet d’une traduction, à l’exception de quelques brefs passages traduits dans les années 1970 et 1980 par Charles-Marie Ternes (livre I, chapitres 7 et 8 ; début du livre IV ; sélection d’extraits des livres III et V). Quelques autres brefs extraits ont été traduits par Georges-François Prat dans son Histoire d’Arlon (1873).

17 C’est notamment le cas de la plupart des travaux publiés par Charles-Marie Ternes. Les auteurs des corpus d’inscriptions antiques découvertes en Belgique (ILB) et au Grand-duché de Luxembourg (IAL) ont également beaucoup utilisé le manuscrit de Wiltheim. On notera cependant que d’autres approches du texte ont été envisagées, comme celle d’Andrea Binsfeld qui analyse le texte de Wiltheim dans le cadre d’une réflexion sur la construction d’une « identité » luxembourgeoise : Andrea Binsfeld, « Les Trévires vus par le jésuite luxembourgeois Alexandre Wiltheim », dans Oriane Hébert, Ludivine Pechoux (dir.), Quand l’usage fait l’image. Les Gaulois, de la manipulation historique à l’archétype, Clermont Ferrand, Mergoil, 2017, p. 99-108.

18 Rosemary Sweet indique d’ailleurs elle-aussi, à propos des antiquaires anglais du xviiie siècle, que ceux-ci avaient été principalement étudiés par des archéologues cherchant à établir les origines de leur discipline et qu’ils avaient trop peu souvent été replacés dans le contexte intellectuel de leur époque. R. Sweet, op. cit., p. XX.

19 « Odio fabularum, quibus Patriam meam deshonestavere indocti homines, hoc Opus susceopi ». A. Wiltheim, op. cit., p. XV.

20 Plusieurs de ces étymologies figuraient notamment dans l’Historia Luxemburgensis de Jean Bertels (1605). Claude Loutsch, « Bertels et les historiens luxembourgeois du XVIe siècle », dans Hémecht. Zeitschrift für luxemburger Geschichte. Revue d’histoire luxembourgeoise, 2006, n° 58/4, p. 476.

21 A. Wiltheim, op. cit., notamment p. 92-109. Ces sources, publiées au cours du xvie siècle, furent également abondamment utilisées par les antiquaires anglais. G. Parry, op. cit., p. 260-264.

22 A. Wiltheim, op. cit., en particulier p. 93.

23 Sur le monument d’Igel, voir notamment : J. Mersch, op. cit. ; Hans Dragendorff, Emil Krüger, Das Grabmal von Igel, Trèves, Lintz, 1924 ; Charles-Marie Ternes, « La colonne d'Igel : lecture d'un monument gallo-romain par les modernes », dans Raymond Chevallier (dir.), Présence de l’architecture et de l’urbanisme romains. Hommage à Paul Dufournet, Paris, Les Belles Lettres, 1983 (Caesarodunum, XVIII bis), p. 357-376.

24 A. Wiltheim, op. cit., p. 109.

25 Ibid., notamment p. 147, 149, 269, 270. À la page 222, il cite spécifiquement le témoignage de son père relatif à un objet, un témoignage qu’il a gardé en mémoire.

26 Ibid., notamment p. 94, 107, 201, 202, 285. Christophe Brouwer avait déjà été abondamment cité par Jean-Guillaume Wiltheim. N. Brouet, op. cit., p. 107-109.

27 A. Wiltheim, op. cit., notamment p. 102, 223.

28 Il en va de même pour le Belgium ecclesiasticum et civile (1656) de Gilles Bouchier (1576-1665). J.-Cl. Müller, op. cit., p. 199-200 et 212.

29 Louis de la Neuveforge († 1697) : chevalier, diplomate, conseiller et procureur général du conseil de Luxembourg. Charles Piot, « De La Neuveforge (Louis) », dans Biographie nationale, t. 5, Bruxelles, Bruylant Christophe et Cie, 1876, col. 302-304.

30 A. Wiltheim, op. cit., notamment p. 249, 297, 309, 311, 312.

31 Notamment William Camden (1551-1623) en Angleterre. G. Parry, op. cit., p. 3-6, 12, 30.

32 Sur le rapport des recherches antiquaires avec les recherches idéologiques, on pourra notamment consulter (pour le cas anglais) : A. Vine, op. cit., p. 51-79.

33 A. Wiltheim, op. cit., p. 280.

34 « Ego indidiosum esse judico, una vocum similitudine tantam conficere velle antiquitatem », Ibid., p. 278.

35 Alexandre Wiltheim a notamment travaillé, entre 1642 et 1660, à une histoire de l’abbaye Saint-Maximin de Trèves, à partir de ses archives médiévales (Origines et Annales coenobii D. Maximini). Le manuscrit autographe est conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles (KBR, manuscrits, ms. 7147). Il disposait donc de compétences en paléographie médiévale. J. Krier, E. Thill, op. cit., p. 78 ; N. Brouet, op. cit., p. 105.

36 A. Wiltheim, op. cit., p. 286.

37 Par exemple à propos de la « Geronis Villa » (Gérouville). Ibid., p. 309.

38 Ibid., p. 286.

39 « (…) donec pro explorato constet, inventa ibi Romanae rei vestigial », Ibid., p. 309.

40 Ibid., p. 292-293. Une villa romaine a bien été découverte ultérieurement à Bollendorf mais la validité des hypothèses de Wiltheim reste à démontrer.

41 Ibid., p. 273 (Végèce, Epitoma rei militaris, livre III, chapitre 8).

42 Sur Altrier, voir : Franziska Dövener, « Altrier revisited – Zum Nachleben einer römischen Siedlung », Hémecht. Zeitschrift für luxemburger Geschichte. Revue d’histoire luxembourgeoise, 2010, n° 62/1, p. 5-30 (en particulier p. 11).

43 A. Wiltheim, op. cit., p. 276-277, 280. À l’inverse, certaines étymologies faisant de cet endroit un campement de soldats dalmates sont immédiatement écartées.

44 Ibid., p. 285.

45 Sur le rôle de l’observation dans la culture scientifique moderne à partir des années 1560, voir notamment : Gianna Pomata, « Observations rising. Birth of an Epistemic genre, 1500-1650 », dans Lorraine Daston, Elizabeth Lunbeck (dir.), Histories of Scientific Observation, Chicago, University of Chicago Press, 2011, p. 45-80.

46  Élisabeth Décultot, « Winckelmann et Caylus. Enquête sur les rapports de l’histoire de l’art au savoir antiquaire », dans Nicholas Cronk, Kris Peeters (dir.), Le comte de Caylus. Les arts et les lettres. Actes du colloque international Université d’Anvers (UFSIA) et Voltaire Foundation, Oxford, 26-27 mai 2000, Amsterdam-New York, Rodopi, 2004, p. 62-65 ; Alain Schnapp, « La méthode de Caylus », dans Irène Aghion (dir.), Caylus, mécène du roi. Collectionner les antiquités au XVIIIe siècle, Paris, Institut national d'histoire de l'art, 2002, p. 55-56 ; Alain Schnapp, « L’archéologie française entre identité nationale et identité culturelle », dans Alain Schnapp (dir.), Une archéologie du passé récent ?, Paris, Fondation Maison des sciences de l'Homme, 1997, p. 6.

47 A. Wiltheim, op. cit., p. 211, 280 (voir également, entre autres, p. 104, 147, 243, 267, 275, 277, 285, 296, 298). À l’inverse, une inscription qui n’a pas été vue par l’auteur et donc le texte semble étrange, peut susciter un doute critique, Ibid., p. 245.

48 « Ego quod in scalpturis veterum frequens, opiner […] », Ibid., p. 215.

49 Ibid., p. 209.

50 « […] saepe calcata mihi », Ibid., p. 95.

51 Ibid., p. 294 (voir également p. 265).

52 Christophe Wiltheim (1604-1659) fut professeur et aumônier militaire. Comme de nombreux membres de la famille Wiltheim, il a intégré l’ordre jésuite (en 1628). J. Krier, E. Thill, op. cit., p. 39 ; Auguste Neÿen, Notice historique sur la famille de Wiltheim, Luxembourg, Kuborn, 1842, p. 19.

53 H. Dragendorff, E. Krüger, op. cit., p. 6-8 ; Henner von Hesberg, « Antike Architektur im mittelalterliche Stadtkontext », dans Dietrich Boschung, Susanne Wittekind (dir.), Persistenz und Rezeption. Weiterverwendung, Wiederverwendung und Neuinterpreation antiker Werke im Mittelalter, Wiesbaden, Reichert, 2008, p. 51 ; J. Mersch, op. cit., p. 49.

54 A. Ortelius, J. Vivianus, op. cit., p. 52-53.

55 Comme l’a déjà noté Charles-Marie Ternes : Ch.-M. Ternes, La colonne d'Igel, op. cit., p. 360.

56 A. Wiltheim, op. cit., p. 207-218.

57 Ibid., notamment p. 156, 282, 308, 315, 316.

58 Ibid., p. 280, 294-295.

59 Ibid., notamment p. 157, 177-198, 215, 225, 245, 267, 274, 282, 296, 318.

60 Peter Noelke, Uta Schmidt-Clausen, Peter Pauly, «Kölner Antikensammlungen und –Studien vom Humanismus bis zur Aufklärung und ihr Kontext im Deutschen Sprachraum », Kölner Jahrbuch, 2016, n° 49, p. 572-575.

61 C’est notamment le cas lorsqu’il remarque que le monument d’Igel est situé à proximité d’une voie romaine, élément rentrant en compte dans son interprétation. A. Wiltheim, op. cit., p. 104, 201.

62 Ibid., p. 273, 276.

63 « Detecta quoque balnei vestigia fodientibus meo iussu operius, spe eruendae alicuius Antiquitatis », Ibid., p. 275.

64 Ibid., p. 277.

65 Les dessins de Wiltheim ont été assez peu étudiés dans le détail. Certains auteurs en ont néanmoins commenté quelques-uns : J. Krier, E. Thill, op. cit., p. 71 ; H. Dragendorff, E. Krüger, op. cit., p. 20-21 ; Jean Krier, « Étude du manuscrit Wiltheim de Baslieux. Partie I : archéologie », dans Jean Krier, Raymond Weiller (dir.), Le manuscrit Wiltheim de Baslieux, Luxembourg, Ministère des affaires culturelles, 1984, p. 30-32 ; J. Mersch, op. cit., p. 110-116.

66 Comme on peut le voir à propos du monument d’Igel : J. Mersch, op. cit., p. 111-113.

67 A. Wiltheim, op. cit., p. 266, 284 (voir également, entre autres, p. 208, 209, 211, 212, 215, 218, 244, 270, 276, 317).

68 Les antiquaires travaillaient fréquemment en réseaux, communiquant à leurs pairs leurs découvertes et leurs questionnements. Wiltheim a lui-même bénéficié de ces échanges, comme en témoigne sa correspondance avec l’antiquaire Jean-Jacques Chifflet (1588-1660) ou avec les jésuites Jacques Gamans (1605-1685) et Jacques Vignier (1603-1669). J.- Cl. Müller, op. cit., p. 183, 203-204, 206, 212. De nombreuses correspondances d’antiquaires ont fait l’objet de recherches (notamment Peiresc et Séguier pour la France). Sur l’aspect coopératif de la recherche antiquaire, voir notamment : Pierre Pinon, La Gaule retrouvée, Paris, Gallimard, 1999, p. 24-25 ; G. Parry, op. cit., p. 6 ; A. Vine, op. cit., p. 82-83. Plus généralement, voir également : Corinne Bonnet, Véronique Krings (dir.), S'écrire et écrire sur l'Antiquité : l'apport des correspondances à l'histoire des travaux scientifiques, Grenoble, Millon, 2008.

69 R. Sweet, op. cit., p. 277-286 et surtout p. 301-306.

70 A. Wiltheim, op. cit., p. 276.

71 Ibid., p. 204. Sur les scènes de banquets représentées sur ces reliefs (qui ne sont pas liées au lectisternium), voir notamment : David Colling, « Les scènes de banquet funéraire ou Totenmahlreliefs originaires d'Arlon », Bulletin trimestriel de l'Institut Archéologique du Luxembourg, 2011, n° 87/4, p. 155-176 ; Peter Noelke, Bernd Kibilka, Dorothée Kemper, « Zu den Grabreliefs mit Darstellung des convivium coniugale im romischen Germanien und im benachbarten Gallien », dans Bonner Jahrbücher, 2005, n° 205, p. 155-241.

72 Sur la pratique de la comparaison, de la collecte de sources et sur le corpus de Gruter, voir notamment : W. Stenhouse, op. cit., p. 303-305.

73 CIL XIII, 1984 et 1895. A. Wiltheim, op. cit., p. 247, 296.

74 Ibid., p. 232, 251, 311. Le De Militia romana (1598) de Juste Lipse est également cité en p. 272.

75 Georg Petzl, Die Inschriften von Smyrna, Bonn, Habelt, 1982, n°539. A. Wiltheim, op. cit., p. 204.

76 CIL XIII, n°6431, 6432, 6668, 6742. A. Wiltheim, op. cit., p. 233.

77 La lettre de Jacques Gamans est conservée : J.-Cl. Müller, op. cit., p. 203-204.

78 Ibid., p. 206, 208.

79 A. Wiltheim, op. cit., p. 177, 297-299.

80 Pline, Histoire naturelle, XXXV, XLVI, 1 et 5. Sur l’opus signinum que mentionne Wiltheim à partir de Pline (s’inspirant lui-même fortement de Vitruve), voir : Pierre Gros, « L’opus signinum selon Vitruve et dans la terminologie archéologique contemporaine », dans Pierre Gros, Vitruve et la tradition des traités d’architecture. Fabrica et ratiocinatio, Rome, École française de Rome, 2006 (Collection de l’École française de Rome, 366), p. 473-484.

81 Gérard Coulon, Les voies romaines en Gaule, s. l. [Paris], Errance, 2007 (Collection Promenades archéologiques), p. 70 ; Pierre Fustier, La route. Voies antiques. Chemins anciens. Chaussées modernes, Paris, Picard, 1968, p. 27 ; Victor Wolfgang Von Hagen, Les voies romaines, Paris, Hachette, 1967, p. 15.

82 Cette confrontation des monuments antiques avec le texte de Vitruve fut principalement mise en place par Leon Battista Alberti (1404-1472). Bruce Trigger, A History of Archaeological Thought, 2e éd., Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 54 ; William Stenhouse, Reading Inscriptions and Writing Ancient History: Historical Scholarship in the Late Renaissance, Londres, University of London. Institute of classical studies, 2005, p. 23 ; Sabine Forero-Mendoza, Le temps des ruines. Le goût des ruines et les formes de la conscience historique à la Renaissance, Seyssel, Champ Vallon, 2002, p. 78-82.

83 Frédérique Lemerle, La Renaissance et les antiquités de la Gaule : l’architecture gallo-romaine vue par les architectes, antiquaires et voyageurs des guerres d’Italie à la Fronde, Turnhout, Brepols, 2005, p. 130 ; Gérard Coulon, op. cit., p. 70.

84 A. Wiltheim, op. cit., p. 95-96.

85 « Eustachius Wilthemius, Praeses, et Christophorus Binsfeldius, Senator, Historiae et Antiquitatum nostrarum amantes […] », Ibid., p. 96. Christophe Binsfeld, dont les dates de naissance et de décès sont inconnues, était l’époux de la sœur d’Alexandre Wiltheim, Marie. Juriste de formation, il semble avoir joui de l’estime de son beau-frère en ce qui concerne l’étude des antiquités. Auguste Neÿen, Biographie luxembourgeoise, t. 1, Luxembourg, Pierre Bruck, 1860, p. 71.

86 « Erat prae manibus Bergierii Liber. […] Alia insuper observata nobis, a Bergierio vel neglecta, vel non notata, certe non tradita ». A. Wiltheim, op. cit., p. 96.

87 Ibid., p. 267-268.

88 Ibid., p. 220-221.

89 Ibid., p. 280-281.

90 Le monument d’Igel est daté du milieu du IIIe siècle, les remparts d’Arlon de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle, et le site d’Altrier, ou du moins ses environs immédiats, furent occupés jusqu’au Ve siècle. J. Mersch, op. cit., p. 18 ; Joseph Mertens, Le rempart romain d’Arlon, Bruxelles, Service national des fouilles, 1973 (Archaeologicum Belgii Speculum, VII), p. 14 ; Ch.-M. Ternes, Das römische Luxemburg…, p. 171.

91 C’est par exemple le cas de Bernard de Montfaucon (Jean-Marie Pailler, « L’“archéologue” par-delà les frontières : L’Antiquité expliquée », dans Daniel-Odon Hurel, Raymond Rogé (dir.), Dom Bernard de Montfaucon. Actes du colloque de Carcassonne – Octobre 1996, vol. 1, s. l., Fontenelle, 1998, p. 237). Ce constat doit cependant être nuancé, en particulier pour le XVIIIe siècle : Mouza Raskolnikoff, Histoire romaine et critique historique dans l’Europe des Lumières, Rome-Strasbourg, École française de Rome, 1992, p. 1-2.


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Olivier Latteur, «Sources et méthodes d’un antiquaire du XVIIe siècle : le jésuite Alexandre Wiltheim (1604-1684), « père de l’archéologie luxembourgeoise »», Carnets du LARHRA [En ligne], n° 2017/2018-1 | Étudier les sources des savoirs à l'époque moderne,publié le : 07/02/2019,URL : http://revues.univ-lyon3.fr/larhra/index.php?id=331.

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Auteur Olivier Latteur

Université de Namur et Université catholique de Louvain

olivier.latteur@unamur.be