ELAD-SILDA

Comprendre les concepts économiques par le biais des métaphores

Heike Romoth

Dans ce travail consacré aux métaphores de l’allemand, nous étudions l’apport de ces procédés cognitifs en vue de la compréhension des concepts de l’économie politique. La similitude mise en lumière par la métaphore peut opérer de différentes manières : elle peut être établie entre concepts, entre le tout et une de ses parties, mais aussi entre des exemplaires d’une même catégorie. Au cours du processus de compréhension, le savoir sur l’entité du domaine source, notamment l’expérience en rapport avec des objets ou des procès familiers, est rendu disponible afin de faciliter la compréhension de concepts abstraits. En choisissant le frame comme format de représentation du savoir sur les entités du domaine source et du domaine cible de la métaphore, il nous est possible de décrire de manière détaillée les éléments épistémiques qu’elle active en vue d’une construction du sens. Nous pouvons alors observer que le savoir activé aide les allocutaires non-spécialistes dans leur construction du sens sans toutefois leur permettre de constituer ou de compléter leur savoir dans le but d’une acquisition de connaissances dans le domaine cible - celui de l’économie politique - s’approchant, au moins pour certains aspects du concept en question, de celles des experts.

In this paper on the metaphors of German, we study how this cognitive process contributes to understanding the concepts of political economy. The similarity highlighted by the metaphor can operate in different ways: it can be established between concepts, between the whole and one of its parts, but also between members of the same category. During the understanding process, knowledge about the entity of the source domain, including experience with familiar objects or processes, is made available to facilitate the understanding of abstract concepts. Choosing the frame as the format for representing knowledge about the entities of the source domain and the target domain of the metaphor enables us to give a detailed description of the epistemic elements that get activated in order to construct meaning. We can then observe that the activated knowledge helps non-specialist addressees construct meaning without, however, allowing them to build or add to their knowledge of the target domain – political economy in the present instance – enough to access expert level, at least regarding some aspects of the concept in question.

In diesem Paper, in dem ich mich mit Metaphern des Deutschen beschäftige, soll der Wert diseser kognitiven Prozesse für das Verstehen von Konzepten der Volks­wirtschafts­lehre untersucht werden. Die Metapher kann Relationen zwischen Entitäten verschiedener Art herstellen: zwischen Konzepten, zwischen einem Teil und dem Ganzen, aber auch zwischen Vertretern ein und derselben Kategorie. Im Verstehens­prozess wird Wissen aus der Quell­domäne, insbesondere aus der durch Gegenstände und Ereignisse des Alltags­lebens gewonnenen Erfahrung, verfügbar gemacht, was das Vestehen abstrakter Konzepte erleichtert. Die Wahl des Frame als Repräsentations­format des Wissens über Entitäten aus Quell- und Zieldomäne der Metapher macht eine detaillierte Beschreibung der epistemischen Elemente, die die Metapher in Perspektive setzt, möglich. Auf diese Weise konnte festgestellt werden, dass das aktivierte Wissen einerseits Hörer ohne Fachkennt­nisse bei der Sinn­konstruktion unterstützt, anderer­seits jedoch nicht dazu beiträgt, Wissen zu konstituieren oder zu ergänzen, sodass dieses, zumindest im Hinblick auf bestimmte Aspekte der Konzepte aus der Volks­wirtschafts­lehre, an Experten­wissen heranreicht.

Introduction

1Comprendre des concepts économiques suppose un savoir pointu dont généralement seuls les experts disposent. En revanche, le recours à la métaphore peut favoriser la compréhension de ces concepts, y compris auprès d’un public non-spécialiste de questions économiques, du moment où elle opère un ancrage de ces concepts abstraits dans l’expérience quotidienne des allocutaires. Alors que de nombreux linguistes (par exemple Lakoff & Johnson [1985], Skirl & Schwarz-Friesel [2013]) soulignent cette aide à la compréhension qu’apporte la métaphore, nous voulons montrer qu’elle contribue, au contraire, au caractère vague des concepts économiques chez les locuteurs non-spécialistes.

2En nous inscrivant dans une approche cognitive, nous considérons la métaphore comme un procédé relevant en premier lieu de la pensée et de l’action, qui consiste à comprendre un concept en termes d’un autre [Lakoff & Johnson 1985 : 65]. Hormis la systématicité métaphorique [Lakoff & Johnson 1985 : 20], c’est-à-dire la projection de constellations complètes sur des domaines abstraits [Baldauf 1997 : 83-84.], Lakoff et Johnson [1985 : 29] soulignent « les fondements expérientiels des métaphores ». Les métaphores conceptuelles intéressent le linguiste puisqu’elles laissent des traces dans le langage ; c’est par ce biais que nous pouvons les connaître.

3Au niveau du langage, les métaphores peuvent se manifester de différentes manières : premièrement, par le biais de prédications explicites ou implicites (die Wirtschaft blüht, das Vertrauen der Märkte, etc.). Ces formulations mettent en perspective la réalisation, au niveau cognitif, d’un lien entre deux concepts, en règle générale éloigné, par exemple entre l’économie et une plante. Il convient de nous intéresser à l’apport des métaphores pour la compréhension de ces concepts abstraits ainsi qu’à la relation établie avec l’expérience quotidienne des locuteurs.

4Une autre façon d’exprimer des similitudes entre deux concepts consiste à utiliser la même dénomination que celle du concept source, comme par exemple dans le cas de Wachstum (croissance), mais aussi de Wirtschaft qui peut à la fois dénoter l’économie nationale et l’économie domestique [‘Wirtschaft’]. Lutter [2016] mentionne dans ce contexte également Wettbewerb, en indiquant une relation entre la concurrence économique et sportive, le sport étant le domaine source. Il faut se poser la question de savoir si ce phénomène, reposant sur une analogie1 sémantique, que les linguistes étudient plutôt sous l’angle de l’homonymie ou de la polysémie, peut être expliqué par une théorie de la métaphore conceptuelle.

5Dans un premier temps, nous allons analyser les relations d’analogie reposant sur la dénomination commune d’entités différentes. La deuxième partie de ce travail sera consacrée à la modélisation du procédé cognitif qui consiste à créer de la similitude entre un concept source et un concept cible. Ces deux volets de notre travail poursuivent l’objectif de mettre en lumière l’apport de la métaphore pour la compréhension des concepts économiques.

1. Analogie sémantique et métaphore

6Comme nous l’avons évoqué ci-dessus, des phénomènes d’homonymie ou de polysémie peuvent également être étudiés sous l’angle de la métaphore. Nous le ferons pour Wachstum, Wirtschaft et Wettbewerb.

7Dans ce contexte, Lakoff et Johnson [1985 : 117] remettent en question la théorie de l’abstraction qui permet d’expliquer l’existence d’une « homonymie faible », c’est-à-dire l’hypothèse d’une similitude entre les concepts ayant la même dénomination. Pour ces auteurs, l’expression ‘étayer une argumentation’, par exemple, peut être expliquée par le biais de la métaphore l’argumentation est un bâtiment. Cette explication peut être étendue à Wachstum, que nous pouvons expliquer par la métaphore l’économie est une plante. En appliquant ce raisonnement à Wirtschaft et Wettbewerb, nous pourrions dire que l’économie nationale fonctionne comme l’économie domestique et que la concurrence économique est comme la concurrence sportive. Or, nous nous apercevons que la similitude entre les concepts est explicite alors que dans la métaphore, le comparant est implicite. Mais dans la mesure où la compréhension de ces expériences du domaine économique est basée sur des expériences d’une autre nature, nous ne les écartons pas de notre réflexion. Dans le cas de Wirtschaft, le lexème dénote à la fois une entité plus petite, ‘ménage / économie domestique’, et une entité plus grande, ‘économie nationale’, composée d’une multitude de ménages, mais aussi d’entreprises et de l’État. Le procédé qui consiste à référer à un tout par une de ses parties relève de la métonymie ; or, contrairement à la métonymie, la dénomination du tout et de la partie sont ici identiques. Pour Lakoff et Johnson [1985 : 45], la métonymie a en partie « le même usage que la métaphore » dans la mesure où « elle a aussi comme fonction de faciliter la compréhension ». Cette aide à la compréhension du concept Wirtschaft consiste à comprendre la gestion de l’organisation de l’activité économique à l’échelle nationale par le biais de la connaissance de l’intendance d’un ménage. Par contre, la compréhension d’une entité plus grande par le biais d’une entité plus petite de la même nature ne relève-t-elle pas d’un fondement de l’expérience plus général ? En exposant leurs hypothèses sur les fondements expérientiels des métaphores d’orientation, Lakoff et Johnson [1985 : 29-31] admettent des métaphores comme le plus est en haut, l’inconnu est en haut, comprendre, c’est saisir, etc. De la même manière, nous pouvons formuler le tout est la partie pour rendre compte du lien entre l’économie nationale et l’économie domestique2. Des exemples peuvent être donnés pour corroborer nos propos : notons que cette analogie est prise comme fondement dans les débats relatifs au déficit public : dans les débats publics, la question de savoir si le budget de l’État (Haushalt), un des agents de l’économie nationale, devait être géré de la même manière que le budget d’un ménage (Haushalt), c’est-à-dire tendre vers l’équilibre, est récurrente. Nous poursuivons ces réflexions par le biais d'éclairages concernant Wettbewerb.

8Le lexème Wettbewerb réfère à la fois à la concurrence dans le domaine de l’économie, mais également à celle d’autres domaines [‘Wettbewerb’ a], le sport notamment. Les exemples suivants montreront que les locuteurs établissent une relation entre la régulation de la concurrence économique et les règles d’un jeu / d’un sport, ou encore entre la motivation des participants qui consiste, dans le domaine sportif, à gagner, et, dans le domaine économique, à remporter des parts de marché :

(1) Das Bundeskartellamt könne dafür sorgen, dass die Spielregeln des Wettbewerbs eingehalten werden. (Die Zeit online, 29 juillet 2010)3
(2) Nicht mit Billiglöhnen, sondern mit qualifizierter Arbeit könne der internationale Wettbewerb gewonnen werden. (Tagespiegel, 1er décembre 1998)4

9Ici, l’analogie met en perspective certains aspects du concept (cf. supra). Comme pour Wirtschaft, l’ancrage dans l’expérience quotidienne (la pratique d’un sport) apportera une aide à la compréhension aux non-spécialistes des questions économiques.

10Par ailleurs, dans le cas de Wettbewerb, le lien entre le concept source et le concept cible n’est pas de la même nature que pour Wirtschaft. Il peut être expliqué par le biais de la sémantique du prototype qui repose sur une catégorisation proposée par Rosch5. Selon ce modèle, une catégorie est structurée en trois niveaux : un niveau superordonné, un niveau de base et un niveau subordonné. Le niveau superordonné est celui des représentations abstraites (par exemple ‘fruit’), au niveau de base se situe le prototype, pour Rosch le meilleur exemplaire de la catégorie, partageant le plus de propriétés avec les autres exemplaires (par exemple ‘pomme’) ; tous les autres représentants de la catégorie constituent des instances du niveau subordonné (par exemple ‘kiwi’, ‘poire’, ‘fraise’, etc.). Si nous transposons cette catégorisation des objets concrets aux « objets » abstraits, la catégorie ‘Wettbewerb’ est structurée de la manière suivante : le concept abstrait ‘Wettbewerb’ est le concept superordonné, et les différentes formes de Wettbewerb (économique, sportif, artistique, etc.) sont les exemplaires de la catégorie. Dans la mesure où une analogie est établie entre Wettbewerb dans le domaine économique et dans le domaine sportif, il semble plausible que Wettbewerb dans le domaine sportif soit le prototype ou le meilleur exemplaire de la catégorie. Celui-ci se situerait alors au niveau de base, les autres exemplaires de la catégorie se situant au niveau subordonné. Notons que Lakoff et Johnson [1985 : 93-95.] mettent en lumière les confusions possibles entre métaphore et sous-catégorisation. Or, en ce qui concerne l’exemple qui nous préoccupe, force est de constater que Wettbewerb dans le domaine économique n’est pas une sous-catégorie de Wettbewerb dans le domaine sportif, mais que les deux sont des exemplaires de la catégorie. Ces observations nous permettent d’affiner le postulat initial qui consistait à dire que le procédé métaphorique consistait à comprendre un concept en termes d’un autre ; nous remarquerons alors que, d’une part, un concept d’une catégorie peut, en effet, être compris en termes d’un concept d’une autre catégorie, mais qu’il est également possible, comme nous l’avons vu, qu’un exemplaire d’une catégorie puisse être compris en termes d’un autre exemplaire de la même catégorie.

Il convient maintenant de nous interroger sur la qualité de cette aide à la compréhension, ainsi que sur l’organisation de la superposition des concepts du domaine source et cible sur le plan cognitif.

2. Structuration et superposition des concepts du domaine source et cible

11Le sens d’une forme linguistique peut être appréhendé du point de vue de la production ou de la compréhension. Au cours du processus de compréhension, l’allocutaire peut aboutir à un sens différent de celui que le locuteur a voulu donner à son énoncé. Pour expliquer cette divergence sémantique possible, Hörmann [1991 : 128] distingue deux phénomènes différents : la compréhension (Verstehen) et le sens (Sinn). En mobilisant son savoir, l’allocutaire donne du sens à un message lu ou entendu, c’est-à-dire qu’il le rend intelligible pour lui-même ; en revanche, il ne l’aura compris que lorsqu’il aura identifié le sens que le locuteur a voulu lui donner.

12Notre hypothèse est que les métaphores économiques permettent à l’allocutaire non-spécialiste de rendre le discours de politique économique intelligible pour lui-même sans lui permettre d’accéder au sens que le locuteur lui attribue. Pour le dire avec Hörmann, elles favorisent la construction du sens (Sinn) au détriment de la compréhension (Verstehen). En nous basant sur un corpus constitué de 21 discours de politique générale prononcés devant le Bundestag entre 1949 et 2009, nous allons analyser les métaphores de Wirtschaft. Ce corpus se situe entre la communication de spécialité et la communication générale dans la mesure où le discours parlementaire s’adresse à la fois à des allocutaires à l’intérieur, qui peuvent être experts en économie ou pas, et à des allocutaires extérieurs, les citoyens, qui sont pour la plupart d’entre eux non-spécialistes en matière d’économie. Le lexème Wirtschaft relève non seulement de la terminologie économique, mais aussi du vocabulaire idéologique [Klein 1989 : 4 ; Girnth 2002 : 49] puisque, dans le discours politique de la RFA, il est souvent employé comme mot-slogan.

13Dans le cadre de l’approche cognitive adoptée pour expliquer le fonctionnement des métaphores du domaine économique, nous allons décrire le savoir et les procédés d’interprétation que l’allocutaire doit mettre en œuvre afin de les comprendre. Cette démarche d’interprétation peut être modélisée à l’aide de la théorie des cadres sémantiques / épistémiques (angl. frames). Selon cette théorie, un frame est un schéma qui structure le savoir. Il comprend des positions épistémiques (angl. slots) qui constituent le potentiel prédicatif relatif à une entité donnée ; en discours, ces positions sont instanciées par des valeurs (angl. fillers) ; chaque prédication sur l’entité représente une valeur ou instance, chaque valeur ou instance constitue une portion du savoir sur l’entité. Le tout représente le savoir nécessaire pour comprendre une forme linguistique [Ziem 2008 : 120]. Chaque frame a une dimension prototypique dans le sens où les positions épistémiques sont équipées de valeurs permanentes qui sont des valeurs par défaut. Ces éléments reposent sur des conventions établies à l’intérieur d’une communauté linguistique. Au cours de la procédure de compréhension, le frame (ou plutôt un réseau de frames) est activé, c’est-à-dire que l’ensemble du savoir sur une entité est rendu disponible. De cette manière, nous comprenons avec Busse [2012 : 535-536] le frame en tant que cadre épistémique à l’intérieur duquel la différenciation entre savoir sémantique et encyclopédique est impossible [Busse 2005 : 47].

14Le linguiste allemand Konerding [1993] a élaboré une méthode permettant de déterminer de manière rigoureuse des macro-frames (Matrixframes) comme format de représentation du savoir relatif à différents types d’entités. Cette démarche consiste à recourir aux définitions lexicographiques proposées par les dictionnaires unilingues et à définir les macro-frames par le biais des hyperonymes proposés comme éléments de définition dans les différentes entrées. À la fin de ces opérations complexes, que nous ne pouvons exposer ici en détail, Konerding [1993 : 173-174] retient les macro-frames suivants : objet concret, organisme vivant, personne / actant, institution / groupe social, événement, action / interaction, état, partie, totalité.

15Adoptant comme outil d’analyse ces macro-frames, Klein [2002] montre à partir de la métaphore cognitive la politique est la guerre comment la théorie des cadres épistémiques peut être mobilisée pour expliquer le procédé d’interprétation nécessaire pour comprendre des unités lexicales relevant de cette métaphore, comme ‘bataille électorale’ (Wahlkampf), ‘adversaires politiques’ (politische Gegner), etc. Il indique que le macro-frame commun aux deux domaines est celui de l’interaction et, à ce titre, les deux cadres présentent les mêmes positions épistémiques, à savoir : actants, action, relation entre les actants, but, moyen, autres participants, etc. En revanche, les valeurs diffèrent : ainsi, pour la position ‘moyens’, les valeurs du cadre source sont par exemple ‘armes’, dans le cadre cible ‘publicité électorale’ [Klein 2002 : 181]. À notre sens, la métaphore la politique est la guerre prête néanmoins à discussion. Au lieu de conclure à un procédé métaphorique à partir d’éléments lexicaux comme Wahlkamf et politische Gegner, on peut, à partir de la définition de ‘Politik’, aussi bien y voir une sous-catégorisation de ‘conflit’6. Il convient de souligner que Lakoff et Johnson [1985 : 93-95] signalent déjà la difficulté que pose la différenciation entre la métaphore et la sous-catégorisation à partir de l’exemple la discussion est la guerre.

16Dans le domaine économique, le macro-frame commun au domaine source et au domaine cible n’est pas toujours aisément identifiable. Nous pouvons le constater pour Wirtschaft qui réfère à une entité complexe comme en témoigne sa définition : « Gesamtheit der Einrichtungen und Maßnahmen, die sich auf Produktion u. Konsum von Wirtschaftsgütern beziehen. » [Duden 1989]. En nous basant sur cette définition, le macro-frame de Wirtschaft est ‘Totalité’. Cette structure comporte différentes positions épistémiques (pour la définition de ‘position’, cf. supra), chacune regroupant le savoir relatif à un aspect particulier de l’entité. Dans la structure proposée par Konerding, une question spécifie la portion du savoir sur une entité, instanciée dans chaque position épistémique ; les prédications, qui constituent - nous le rappelons - le savoir sur une entité, fournissent des réponses à une de ces questions, spécifiant ainsi un aspect de l’entité, par exemple :

  • De quels éléments est constituée la totalité ?
  • De quelle manière est organisée la totalité en tant qu’ensemble d’éléments multiples ?
  • En quoi les différents éléments déterminent l’apparence de la totalité ?
  • Quelles propriétés ont les différentes parties de l’ensemble ?
  • Quelle est la fonction des différentes parties de l’ensemble ?7 [Konerding 1993 : 360-362]

17Dans le but d’une description du savoir par le biais des cadres épistémiques, nous avons relevé les différentes métaphores de Wirtschaft. Dans notre corpus de référence, le concept est appréhendé comme bâtiment, comme personne, comme plante (ou organisme vivant) ou encore comme machine8. Encore faut-il noter que l'élément du domaine source relève parfois de l'interprétation puisque la métaphore est exprimée par le biais d'un autre élément du même champ lexical, la métaphore l’économie est un bâtiment par exemple peut être exprimée par le lexème verbal 'Wiederaufbau' (cf. infra) :

18l’économie est un bâtiment :

(3) Nur wenn wir nach Kräften die innerdeutsche Kapitalbildung steigern, können wir erwarten, daß durch Freigabe von Gegenwertfonds und auf andere Weise das dringend benötigte ausländische Kapital zum Wiederaufbau unserer Wirtschaft zur Verfügung steht. [Adenauer 1949]9
(4) Das wird so bleiben, wenn wir am notwendigen Strukturwandel, an der Modernisierung der Wirtschaft arbeiten. [Schmidt 1980]
(5) Die 80er Jahre sind ein Jahrzehnt des notwendigen Umbaus der deutschen Wirtschaft. Wir müssen bei der wissenschaftlichen und technologischen Entwicklung Anschluß halten und ihn zurückgewinnen, wo wir ihn verloren haben. [Kohl 1983]

19l’économie est une personne / un groupe social :

(6) Die Bundesregierung wird, soweit ihre finanziellen Kräfte es erlauben, dafür eintreten, daß die wissenschaftliche Forschung in Deutschland gefördert wird. Sie wird auch die deutsche Wirtschaft dazu veranlassen, das gleiche zu tun. [Adenauer 1949]
(7) Die Lösungen können nur gemeinsam gefunden werden. Sozialpolitik ist nur möglich, wenn die Wirtschaft gedeiht10, Beschäftigung gibt und Steuern liefert. [Adenauer 1953]
(8) Die Bundesregierung hat sich durch steuerpolitische Maßnahmen darum bemüht, die Wirtschaft in die Lage zu versetzen, dem Erwerber von Dividendenpapieren angemessene Erträgnisse zu gewähren. [Adenauer 1953]
(9) Der Schutz der Bevölkerung vor Umweltschäden macht es notwendig, daß die Wirtschaft ihre soziale Verpflichtung bei der Entwicklung der Technik durch Maßnahmen zur Abwehr von Schäden für die Menschen erkennt und verwirklicht. [Erhard 1963]
(10) Die Regierung der Mitte hat einen Anfang gemacht, den Staatshaushalt in Ordnung zu bringen, die Systeme sozialer Sicherheit zu festigen, der Wirtschaft wieder Mut und den Menschen wieder Vertrauen zu geben. [Kohl 1983]
(11) Bei der Mobilisierung der Ausbildungsplätze setze ich auf die Mitarbeit der Wirtschaft. [Schröder 1998]
(12) Wir werden den Nationalen Pakt für Ausbildung und Fachkräftenachwuchs weiterführen. Ich möchte mich hier ausdrücklich dafür bedanken, dass die Wirtschaft, insbesondere das Handwerk und die Kammern, hierzu einen riesigen Beitrag geleistet haben. [Merkel 2005]

20l’économie est une plante :

(13) Die Durchführung der notwendigen Reformen und ein weiteres Steigen des Wohlstandes sind nur möglich bei wachsender Wirtschaft11 und gesunden Finanzen. [Brandt 1973]
(14) Unsere Wirtschaft blüht, trotz der Sorgen um die Preise. [Brandt 1973]

21l’économie est une machine :

(15) Die Sanierung der öffentlichen Finanzen wird Einschränkungen mit sich bringen. Sie sind unausweichlich, wenn wir die Wirtschaft ankurbeln, Arbeitsplätze schaffen und die soziale Sicherheit gewährleisten wollen, ohne kommende Generationen unzumutbar zu belasten. [Kohl 1983]
(16) Die Steuerung des wirtschaftlichen Prozesses durch Markt, Preise und Wettbewerb stellt die Wirtschaft vor die Aufgabe, sich den ständigen Änderungen der Marktverhältnisse anzupassen. [Adenauer 1961]

22La lecture de ces exemples révèle que Wirtschaft opère comme synecdoque généralisante dans la mesure où les parties du tout sont également dénotées par le lexème Wirtschaft. En effet, dans l’exemple (12), Wirtschaft dénote les entreprises et certains organismes impliqués dans la formation professionnelle. L’économie linguistique que présente la synecdoque généralisante dans ce contexte est manifeste : elle permet de ne pas nommer l’ensemble des institutions ayant participé à faire progresser l’apprentissage. Par ailleurs, si chacune des différentes métaphores de Wirtschaft dénotait toujours la même partie de l’entité complexe, le procédé métaphorique constituerait une aide substantielle à la compréhension en facilitant l’identification du référant. Il nous faut donc regarder s’il existe une relation biunivoque entre les différentes métaphores et dénotations du lexème Wirtschaft :

23l’économie est un bâtiment :

Dans les exemples (4) et (5), le cotexte permet d’identifier la Wirtschaftsstruktur12 comme dénotation plausible de Wirtschaft. Cela paraît moins plausible pour l’exemple (3) où Wirtschaft dénote plutôt les capacités de production.

24l’économie est une personne :

Dans les exemples (6) à (12), Wirtschaft dénote les entreprises, parfois (exemple 12) également certaines organisations de la wirtschaftliche Selbstverwaltung13 (chambres).

25l’économie est une plante :

Dans les exemples (13) et (14), Wirtschaft dénote l’activité économique. Son indicateur est le PIB.

26l’économie est une machine :

Il existe différentes collocations avec le lexème verbal ankurbeln : die Nachfrage, die Konjunktur, das Wachstum, die Investitionen ankurbeln [‘ankurbeln’], mais également den Wettbewerb ankurbeln14. Le référent de Wirtschaft reste vague et son identification requiert un savoir d’expert.

27Ces analyses qui avaient pour objectif de vérifier l’existence d’une relation biunivoque entre chacune des métaphores de Wirtschaft et une dénotation particulière ont montré que, à métaphore égale, le lexème peut parfois dénoter différentes entités, mais qu’il existe néanmoins une certaine homogénéité dénotative. Ce qu'il faut retenir également à cet endroit est que Wirtschaft est appréhendée comme un objet physique, parfois animé, parfois non-animé.

28À partir des métaphores l’économie est une plante et l’économie est une machine, nous allons proposer une modélisation du savoir nécessaire pour la compréhension des expressions 'die Wirtschaft blüht' et 'die Wirtschaft ankurbeln' à l’aide des macro-frames élaborées par Konerding [1993]. Cette démarche mettra en perspective certaines difficultés que ce procédé implique. Comme l’a montré Klein [2002], les macro-frames organisant le savoir de l’entité du domaine source et de l’entité du domaine cible doivent disposer de positions épistémiques communes permettant d’établir des relations d’analogie entre les concepts. Le matériel linguistique indique où se situe l’analogie : dans l’exemple (14), une des relations d’analogie sur laquelle repose la métaphore l’économie est une plante concerne un état / une phase particulière dans le développement, exprimé par le lexème verbal blühen. Remarquons que les macro-frames ‘Organisme’ (pour plante) et ‘Totalité’ (pour économie) présentent tous les deux une position relative au savoir sur les différentes phases dans l’existence de l’entité (cf. tableau 1). Les questions relatives à cet aspect du concept sont grosso modo identiques (cf. colonnes organisme et totalité). Le tableau ci-dessous représente la projection du savoir du domaine source (plante) sur le domaine cible (économie). La condition pour que cette opération puisse réussir est que le cadre épistémique du domaine source (organisme) et du domaine cible (économie) dispose – comme précisé ci-dessus – de positions communes :

Tableau 1 : Superposition des frames de 'Pflanze' (plante) et 'Wirtschaft' (économie) lors de la compréhension de l'expression 'Die Wirtschaft blüht'.

Macro-frame ORGANISME PLANTE (domaine source) WIRTSCHAFT (domaine cible) Macro-frame TOTALITÉ
Position 1 : Quelles phases typiques connaît l’organisme au cours de son existence ? Valeur / Instance 1 : être en fleur Valeur / Instance 1 : phase de reprise / de boom Position 1 : Quelles phases connaît la totalité au cours de son existence ?
Position 2 : Quelle est la durée de ces phases ? Valeur / Instance 2 : plusieurs semaines Valeur / Instance 2 : plusieurs années Position 2 : Quelle est la durée de ces phases ?
Position 3 : À quel type de circonstances sont soumises ces différentes phases (début, fin) Valeur / Instance 3 : saisons, climat Valeur / Instance 3 : données macro-économiques (taux d’investissement, de consommation, etc.) Position 3 : Dans quelles circonstances ?

29Si, comme nous l’avons observé, les questions relatives aux différentes phases dans l’existence de l’entité sont plus ou moins les mêmes dans le macro-frame ‘Organisme’ et ‘Totalité’, nous pouvons remarquer que le caractère cyclique des phases n’est pas pris en compte. En effet, les macro-frames élaborés par Konerding ne présentent aucune question relative à cet aspect, et donc aucune position susceptible d’accueillir ce type d’information. Cette information semble néanmoins importante dans la mesure où le lexème verbal blühen réfère à une phase du cycle conjoncturel. Par ailleurs, le macro-frame ‘Totalité’ ne contient pas de position pour stocker du savoir relatif à la manière dont se manifeste cette phase. Nous y reviendrons pour expliquer pourquoi et en quoi cela est important.

30La modélisation de la métaphore l’économie est une machine présente également certaines difficultés : une machine (all. Maschine) peut être à la fois une totalité construite à partir d’une multitude de pièces, mais également une partie du véhicule, à savoir son moteur [Duden 1989]. La synecdoque est opérante dans les deux domaines, source et cible :

das Auto / den Motor ankurbeln
die Wirtschaft / die Nachfrage ankurbeln

31Dans ce contexte, il nous faut poser la question de savoir si le macro-frame structurant le savoir sur l’entité Wirtschaft est toujours ‘Totalité’ ou s’il peut être variable en fonction de sa dénotation. Pour l’exemple (15), nous avons précisé que le lexème Wirtschaft pouvait dénoter soit une partie du concept complexe ‘Volkswirtschaft’, soit le tout. L’information commune au concept source et au concept cible de l’exemple (15) (machine et Wirtschaft) concerne le rôle de l’action humaine (ankurbeln) pour la mise en route de l’entité. Le macro-frame ‘Totalité’, tel qu’il est proposé par Konerding [1993 : 360], ne prévoit pas de position pour cet aspect du savoir sur l’entité, c’est-à-dire que les informations relatives à l’intervention humaine en vue du démarrage de la machine, présentes dans le discours sur l’entité, ne répondent à aucune question du macro-frame ‘Totalité’.

32Nous avons précisé plus haut que l’élaboration des macro-frames a été effectuée par Konerding sur la base du savoir sémantique consigné dans les dictionnaires. Or, ces informations ne sont pas exhaustives : ni l’entrée Motor ni l’entrée Maschine ne comportent des informations concernant l’intervention humaine pour leur mise en route [Duden 1989]. En conséquence, le potentiel prédicatif des macro-frames15, élaborés à partir d’entrées dans les dictionnaires, ne peut être exhaustif. Or, le fait qu’une machine ait besoin d’être démarrée pour pouvoir fonctionner fait partie du savoir sur l’entité ‘Maschine’ ou ‘Motor’. C’est ce que nous pouvons en effet constater en consultant l’entrée ankurbeln qui cite les éléments ‘Maschine’ et ‘Motor’ comme objets subissant l’action : « den Motor, die Maschine […] ankurbeln »[‘ankurbeln’].

33Le fait que le savoir sémantique relatif à une entité soit, dans les dictionnaires, consigné dans différents articles peut être interprété comme l’indice d’une organisation similaire au niveau cognitif. Ainsi, nous proposons une modélisation quelque peu différente, reproduisant l’organisation fragmentée du savoir sémantique dans les dictionnaires. Par ce moyen, on sera en mesure de représenter tout le savoir mobilisé par le biais des métaphores l’économie est une plante et l’économie est une machine. Au lieu de définir des positions communes dans les macro-frames des concepts source et cible, (une méthode qui, nous l’avons vu, présente des lacunes en vue du stockage de certains éléments épistémiques pour lesquels aucune position n’est prévue dans les macro-frames de Konerding), nous proposons une démarche complémentaire qui consiste à représenter le savoir « en réseau », c’est-à-dire de raccorder aux macro-frames des concepts source et cible les frames activés par le matériel linguistique exprimant la métaphore. Le lexème verbal blühen (exemple 14) qui établit une relation entre Wirtschaft d’une part, et une plante d’autre part, active le macro-frame ‘État’ (Zustand), le lexème verbal ankurbeln (exemple 15) active le macro-frame ‘Action’. Cette nouvelle modélisation permet, comme nous pouvons le voir dans les tableaux ci-dessous, de représenter les éléments du savoir activé par la métaphore et nécessaire à la compréhension du concept Wirtschaft. Nous pouvons observer que la connexion du macro-frame du prédicat (‘État’ pour blühen, ‘Action’ pour ankurbeln) dispose des positions nécessaires pour instancier ce type de savoir (cf. tableaux 2 et 3) :

Tableau 2 : Connexion du frame 'blühen' aux frames 'Pflanze' et 'Wirtschaft' lors de la compréhension de l'expression 'Die Wirtschaft blüht'.

ORGANISME (plante) TOTALITÉ (Wirtschaft)
ÉTAT (blühen)
Valeur / Instance 1 : être en fleur Position 1 : De quelle manière se manifeste l’état ? Valeur / Instance 1 : PIB élevé/en augmentation
Valeur / Instance 2 : état qui se reproduit de manière cyclique Position 2 : S’agit-il d’un état permanent ou passager ? Valeur / Instance 2 : état qui se reproduit de manière cyclique
Valeur / Instance 3 : au printemps Position 3 : Dans quelles conditions se manifeste l’état ? Valeur / Instance 3 : lorsque la demande est élevée, etc.
Valeur / Instance 4 : plusieurs semaines Position 4 : Pendant combien de temps ? Valeur / Instance 4 : plusieurs années

Tableau 3 : Connexion du frame 'ankurbeln' aux frames 'Maschine' et 'Wirtschaft' lors de la compréhension de l'expression 'die Wirtschaft ankurbeln'

PARTIE (machine) TOTALITÉ (Wirtschaft)
ACTION (ankurbeln)
Valeur / Instance 1 : arrêt/ralentissement de la machine Position 1 : Qu’est-ce qui motive l’action ? Valeur / Instance 1 : ralentissement économique (pas ou peu de croissance, d’investissements, etc.)
Valeur / Instance 2 : mettre en marche/augmenter la cadence Position 2 : Quel but poursuit l’action ? Valeur / Instance 2 : stimuler l’activité économique
Valeur / Instance 3 : tourner la manivelle Position 3 : De quelle manière ? Valeur / Instance 3 : mesures de politique économique
Valeur / Instance 4 : (re)démarrage Position 4 : Quelles sont les conséquences ? Valeur / Instance 4 : reprise de l’activité (croissance, investissements, etc.)

34Le modèle ci-dessus tient compte de la récurrence des cadres épistémiques : c’est dans les structures connectées que les aspects mis en perspective par le biais de l’expression métaphorique sont instanciés, à savoir le retour cyclique de certaines phases dans l’existence des entités ‘plante’ et ‘économie’ ainsi que l’intervention nécessaire dans la phase de (re)démarrage des machines et, aussi, de l’économie.

35En quoi ces analogies sont-elles susceptibles de favoriser la compréhension des concepts chez l’allocutaire non-spécialiste ? Rappelons que pour Lakoff et Johnson [1985 : 15], « l'essence d'une métaphore est qu'elle permet de comprendre quelque chose (et d'en faire l'expérience) en termes de quelque chose d'autre » qui relève d'un domaine concret, projeté sur un domaine plus abstrait. Ce procédé fait sens si ce qui est concret est mieux connu que ce qui est abstrait.16 Il paraît alors plausible que les éléments épistémiques du cadre sémantique ‘plante’ mises en perspective par le lexème verbal blühen (les manifestations de cet état, les conditions liées à cette manifestation, son caractère permanent ou passager, sa durée) soient connus par l’ensemble des locuteurs si nous considérons que les plantes font partie de l'environnement expérientiel quotidien des locuteurs germanophones. Il en va tout autrement en ce qui concerne le concept ‘Wirtschaft’ : ces mêmes éléments épistémiques ne relèvent pas du savoir commun ; un locuteur non-spécialiste peut ignorer l’ensemble des informations nécessaires pour construire le sens de l’énoncé « Die Wirtschaft blüht ». En revanche, le savoir relatif à ‘plante’, activé par la métaphore, fournit une aide en vue de cette construction, puisque l’allocutaire identifiera les positions du frame ‘plante’ et les valeurs par défaut correspondantes à partir desquelles il pourra entreprendre sa construction du sens en procédant par analogie : quel état correspond pour l’entité Wirtschaft à l’état ‘être en fleur’ ? Combien de temps dure cet état, etc. ? Les éléments épistémiques disponibles en mémoire chez le locuteur non-spécialiste peuvent être différents de ceux qui sont accessibles chez le locuteur spécialiste : le locuteur non-spécialiste peut, par exemple, penser que cet état se manifeste par un taux d’emploi élevé, que ce taux d’emploi, dépendant des variations saisonnières, sera soumis à des fluctuations permanentes, etc. Mais en raison de l’omniprésence de la croissance dans le discours économique, il est également plausible qu’il ait stocké, pour cette position, la valeur ‘PIB élevé/en augmentation’ et qu’il puisse la récupérer en mémoire. Il est néanmoins peu probable qu’il dispose d’une valeur par défaut relative à la durée de cette phase du cycle. Le cas échéant, aucune valeur n’étant disponible, la position restera vide ou alors c’est l’instance du frame source qui est transposée au frame cible. Nous reviendrons sur cette hypothèse. À l’opposé, l’expert dispose probablement de plusieurs instances pour cette position puisque les différentes théories concurrentes de la conjoncture postulent des durées différentes. La valeur par défaut pourra dépendre de la théorie économique qu’il défend.

36Un autre aspect en lien avec la construction du sens par les locuteurs spécialistes et non-spécialistes concerne la granularité du cadre sémantique. À ce sujet, il nous faut revenir sur le fait que le locuteur puisse référer au tout (économie nationale) ou à une des parties (entreprises, institutions) de Wirtschaft en employant ce lexème. Dans l’énoncé « Die Wirtschaft blüht », Wirtschaft dénote, comme nous l’avons indiqué plus haut, l’activité économique. Ainsi, comme indiqué dans le tableau 4, l’instanciation de la valeur ‘PIB élevé’, c’est-à-dire l’attribution de cette valeur / instance à une position épistémique, devra se faire à un niveau inférieur du macro-frame ‘Totalité’. Nous pouvons représenter cette structuration à différents niveaux comme suit :

Tableau 4 : Représentation du frame 'Wirtschaft' (dénotant 'Volkswirtschaft')

NIVEAU 0 Macro-Frame TOTALITÉ (Wirtschaft = Volkswirtschaft)
Position 1 : De quels éléments est composée la totalité ? Valeur / Instance 1a : entreprises Valeur / Instance 1b : institutions de la wirtschaftliche Selbstverwaltung Valeur / Instance 1c, etc. : ménages
Position 2 : Dans quels contextes, la totalité joue-t-elle un rôle important ? Valeur / Instance 1 : activité économique
NIVEAU -1 Macro-Frame ACTION (Wirtschaft = activité économique)
Position 1 : Quel est l’objectif poursuivi par l’action ? Valeur / Instance 1 : PIB élevé
NIVEAU -2 Macro-Frame ÉTAT (Zustand)
Position 1 : De quelle manière se manifeste l’état ? PLANTE (domaine source) être en fleur WIRTSCHAFT (domaine cible) PIB élevé

37Comme nous pouvons l’observer dans le schéma ci-dessus, l’information ‘PIB élevé’ ne constitue pas une instance du macro-frame ‘Totalité’, activé par le lexème Wirtschaft dans l’énoncé « Die Wirtschaft blüht », mais elle constitue une valeur qui doit être instanciée dans les macro-frames ‘Action’ (structure épistémique de l’entité ‘Wirtschaft’ au niveau -1) et ‘État’ (structure épistémique de ‘blühen’ au niveau -2). Ces deux sous-frames sont connectés directement ou indirectement au macro-frame ‘Totalité’. À ce niveau de complexité, le tableau 4 représente, à notre sens, davantage la granularité du frame disponible en mémoire d’un spécialiste en économie. En revanche, la granularité du cadre épistémique Wirtschaft du locuteur non-spécialiste, pour qui le lexème dénote uniquement l’économie nationale, sera moins fine que celle du locuteur spécialiste qui disposera du savoir nécessaire pour identifier l’entité à laquelle réfère le locuteur par l’emploi du lexème Wirtschaft (ici : activité économique).

38Revenons maintenant à Wettbewerb (cf. 1re partie) pour mettre en perspective les difficultés de compréhension du concept malgré l’analogie établie entre le domaine économique et sportif (exemples 1 et 2). Le macro-frame qui structure les différents aspects de Wettbewerb est ‘Action’. En nous basant de nouveau sur les propositions de Konerding [1993 : 341-343] en la matière, nous présentons dans le tableau 5 quelques positions épistémiques du frame source et cible nous semblant essentiels pour la compréhension du concept :

Tableau 5 : Superposition des frames de 'Sport' et 'Wirtschaft' lors de la compréhension de 'Wettbewerb (concurrence).

Macro-frame ACTION
DOMAINE SOURCE (DS) / DOMAINE CIBLE (DC) Position 1 : Quels sont les participants de l’action ? Position 2 : De quelle manière un des actants peut-il empêcher l’aboutissement de l’action ? Position 3 : Qu’est-ce qui motive l’action ? Position 4 : Qu’-est-ce qui favorise l’action ?
Sport (DS) Valeur / Instance 1 : sportifs Valeur / Instance 2 : ententes, doping Valeur / Instance 3 : gagner la compétition Valeur / Instance 4 : règles du jeu (Spielregeln)
Wirtschaft (DC) Valeur / Instance 1 : entreprises Valeur / Instance 2 : ententes Valeur / Instance 3 : remporter des parts de marché Valeur / Instance 4 : loi de la concurrence (Wettbewerbs-recht)

39Dans nos remarques concernant la superposition des frames du domaine source et cible, opérée par la métaphore, nous avons indiqué que les deux frames avaient des positions communes, mais que les valeurs instanciées étaient différentes. Ces différences apparaissent dans le schéma ci-dessus. Nous avons également précisé que les instances résultaient de la connaissance des discours sur l’entité, ou, plus précisément, de la connaissance des prédications sur l’entité. La question qui se pose ici est de savoir si l’allocutaire non-spécialiste qui, en raison de l’analogie entre les domaines économique et sportif concernant les valeurs de la position ‘Qu-est-ce qui favorise l’action?’, est en mesure d’instancier Wettbewerbsrecht dans la position dédiée ou s’il remplira cette position par la valeur du domaine source, à savoir ‘Spielregeln’, qui serait dorénavant directement disponible comme valeur par défaut dans le frame cible. La même remarque vaut pour la position relative à la motivation des participants (gagner / remporter des parts de marché). De plus, il s’avère que certains traits distinctifs de la concurrence économique sont occultés par la métaphore, notamment la nature des participants. Si nous considérons la définition experte du concept proposé par le dictionnaire économique, les participants de Wettbewerb peuvent être les entreprises (Anbieter) ou les consommateurs (Nachfrager) :

(a) Existenz von Märkten mit
(b) mind. zwei Anbietern oder Nachfragern,
(c) die sich antagonistisch (im Gegensatz zu kooperativ) verhalten, d.h. durch Einsatz eines oder mehrerer Aktionsparameter ihren Zielerreichungsgrad zulasten anderer Wirtschaftssubjekte verbessern wollen;
(d) damit ist eine Komplementarität von Anreiz- und Ordnungsfunktion gegeben […][‘Wettbewerb’ b]

40Or, les métaphores exprimées par gewinnen et Spielregeln mettent en perspective un seul type de participants : les entreprises (Anbieter). De cette manière, la métaphore participe à la création de valeurs par défaut dans la position ‘participants’ et opère ainsi de manière réductrice, écartant le participant ‘demandeur’ (Nachfrager).

41Pour conclure sur cette partie, il convient de rappeler les différences déterminées par les analyses ci-dessus dans les frames des spécialistes et des non-spécialistes, qui seront activés pour comprendre les concepts économiques, expliqués à l’aide de métaphores :

  • la granularité est plus fine chez les spécialistes que chez les non-spécialistes
  • les spécialistes disposent de valeurs par défaut pour l’ensemble des positions alors que chez les non-spécialistes, certaines positions restent non-instanciées ou doivent être instanciées par des valeurs par défaut du frame source
  • les spécialistes peuvent avoir stocké plusieurs instances dans une seule position qui, en fonction du contexte d’apparition, peuvent être plus ou moins saillantes.

Conclusion

42La contribution de la métaphore au processus de compréhension des concepts économiques abstraits peut consister à activer le savoir relatif à un objet concret (par exemple une plante). Ainsi, ce procédé peut permettre à l’allocutaire de construire un sens, même si, selon Hörmann [1991], ce sens peut différer de celui que le locuteur a voulu donner à son énoncé. À travers les analyses proposées, nous avons pu constater que les métaphores du domaine économique ne permettent pas à l’allocutaire non-spécialiste de comprendre le discours économique, mais qu’elles favorisent la construction d’un savoir qui reste vague et peu différencié. Ce fait est dû à différents procédés énumérés ci-dessus qui ont pour origine la métaphore : le frame cible peut non seulement partager la structure avec le frame source et ainsi disposer des mêmes positions épistémiques, mais des instances du frame source peuvent, à défaut d’autres informations disponibles, également être exportées vers le frame cible par un public de non-spécialistes. En rendant des informations disponibles pour remplir les positions du frame cible avec des instances du frame source, la métaphore, permettant de « comprendre » un concept en termes d’un autre, un exemplaire d’une catégorie en termes de l’exemplaire prototypique de la même catégorie, et un tout en termes d’une de ces parties, dispense le non-spécialiste de l’effort cognitif à fournir pour construire un savoir sur les concepts abstraits de l’économie nationale, proche de celui des experts. Par ailleurs, l’effet réducteur de la métaphore que nous avons démontré au cours des analyses, qu’il concerne la granularité du frame ou le nombre d’instances disponibles pour une même position épistémique, empêche le non-spécialiste de saisir toute la complexité de ces concepts. Cet effet de la métaphore contribue à ce que Putnam [2000 : 713] appelle la « division du travail linguistique » entre spécialistes et non-spécialistes.

43L’ancrage dans l’expérience quotidienne par le biais des métaphores contribue certes à la création d’une représentation des concepts abstraits, mais il conduit également à occulter certains aspects de ces concepts, rendant le discours de politique économique opaque. Afin de spécifier cette opacité, on peut se poser la question de savoir de quels autres moyens langagiers dispose le locuteur pour exprimer les états de faits analysés, à savoir 'die Wirtschaft blüht' et 'die Wirtschaft ankurbeln'. Deux possibilités coexistent alors. D'une part, le locuteur a la possibilité de décrire l'état qui lui permet de faire le constat 'die Wirtschaft blüht' : il pourrait alors dire que les agents économiques ont produit tant de biens et de services. D'autre part, il pourrait également parler de « gute konjunkturelle Lage17 » ou « gute gesamtwirtschaftliche Entwicklung18 », des expressions qui relèveraient davantage de la langue de spécialité mais qui apporteraient plus de clarté. Quant à 'die Wirtschaft ankurbeln', il est possible d'énumérer les différentes mesures permettant de relancer l'économie : faire payer moins de cotisations et d'impôts aux patrons, subventionner la recherche, investir dans l'infrastructure, augmenter le pouvoir d'achat des ménages, etc. Il est fort probable que, selon la conception de politique économique du locuteur (politique de l'offre ou de la demande), 'die Wirtschaft ankurbeln' ne dénote qu’une partie de ces mesures. L'explicitation de ces mesures permettrait à l'allocutaire de les connaître et d'accéder à ce que Hörmann [1991] appelle la compréhension (Verstehen). En revanche, le locuteur pourrait également dire que l’État prend des mesures pour augmenter la performance économique (die Wirtschaftsleistung steigern [Mussel & Pätzold 2012 : 168]). Cet effort de reformulation montre que les métaphores économiques étudiées opèrent à la fois à un niveau supérieur, plus abstrait, puisqu'elles occultent les mesures concrètes envisagées (l'emploi de la langue de spécialité n'écarte pas la métaphore), et qu'elles effectuent également un ancrage de l'abstrait dans le concret. Ainsi, elles se situent en même temps dans le domaine de l'abstraction et de la concrétisation, de la hiérarchisation et de la projection. Legallois [2015], qui compare les théories de la métaphore conceptuelle (notamment Lakoff & Johnson) et la théorie dite de la référence duelle (notamment Glucksberg), arrive à la conclusion que la première de ces deux théories met en perspective une concrétisation et une projection, effectuée par le biais de la métaphore, alors que la seconde met en lumière sa tendance à l'abstraction et à la hiérarchisation. Or, il semble que la métaphore puisse opérer dans les deux sens à la fois.


bibliography


Corpus

Stenographische Berichte zu den Verhandlungen des Deutschen Bundestages.

Déclaration de politique générale (Große Regierungserklärung) du 20 septembre 1949, 20 octobre 1953, 29 octobre 1957, 19 novembre 1961, 18 octobre 1963, 10 novembre 1965, 13 décembre 1966, 28 octobre 1969, 18 janvier 1973, 17 mai 1974, 16 décembre 1976, 24 novembre 1980, 13 octobre 1982, 4 mai 1983, 18 mars 1987, 30 janvier 1991, 23 novembre 1994, 10 novembre 1998, 29 octobre 2002, 30 novembre 2005, 10 novembre 2009.

Ouvrages

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Notes


1 Cf. Monneret [2007] pour une définition et une discussion.

2 Contrairement à la métonymie la partie est le tout, l'expérience de la partie nous permet ici de comprendre le fonctionnement du tout. En revanche, dans le cas des métonymies 'faire de la voile' ou 'avoir un toit' par exemple, les concepts 'bateau' ou 'maison' ne sont pas compris grâce aux concepts des parties mentionnées. Ainsi, nous considérons la partie comme domaine source et le tout comme domaine cible d'une métaphore.

3 https://www.dwds.de/r?q=Spielregeln+des+Wettbewerbs&corpus=public&date-start=1473&date-end=2016&genre=Belletristik&genre=Wissenschaft&genre=Gebrauchsliteratur&genre=Zeitung&format=full&sort=date_asc&limit=10, consulté le 10 mars 2018 (Corpus: aggregiertes Referenz- und Zeitungskorpus, Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache).

4 https://www.dwds.de/r?q=Wettbewerb%20gewinnen;corpus=public;format=full;date-start=1473;date-end=2016;genre=Belletristik;genre=Gebrauchsliteratur;genre=Wissenschaft;genre=Zeitung;p=11;sort=date_asc;limit=10, consulté le 10 mars 2018 (Corpus: aggregiertes Referenz- und Zeitungskorpus, Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache).

5 Les travaux de Rosch en rapport avec la catégorisation sont exposés et discutés par Kleiber [1990].

6 « Politik ist ein öffentlicher Konflikt von Interessen unter den Bedingungen von Macht und Konsensbedarf […] » [Aleman Ulrich, 1994, „Politikbegriffe“, in: Nohlen et al,. Wörterbuch der Politik (vol. 2), Munich: Beck]

7 Les questions qui définissent le contenu des positions ont été traduites en français par nous-mêmes.

8 L’élément lexical qui exprime la métaphore est mis en perspective par des caractères italiques.

9 Les références des exemples indiquées entre parenthèses, comportant le nom du chancelier et l’année, renvoient aux discours de politique générale de ces chanceliers, répertoriés dans la bibliographie.

10 Plus précisément : l'économie est un enfant. En revanche, 'gedeihen' peut également être prédiqué sur des animaux ou des plantes, tout comme 'geben' ou 'liefern' dans le sens 'produzieren / hervorbringen'. Si nous privilégions ici la métaphore de la personne, c'est que, à notre sens, Wirtschaft dénote ici les entreprises, car ce sont elles qui créent des emplois (Beschäftigung geben). Et la seule métaphore pour 'Wirtschaft', dénotant les entreprises, et disponible dans notre corpus, est la personnification (cf. infra).

11 Peut également être interprétée comme personnification.

12 Tissu économique.

13 Mode d’organisation de l’économie allemande reposant sur l’autonomie en matière d’organisation, de représentation et d’administration à travers les chambres qui ont le statut de personne morale de droit public.

14 https://www.dwds.de/r?q=Wettbewerb+ankurbeln&corpus=zeit&date-start=1946&date-end=2016&format=full&sort=date_asc&limit=10, consulté le 6 janvier 2018.

15 C’est-à-dire le nombre de positions épistémiques qu’un macro-frame doit contenir pour représenter le savoir sur une entité.

16 Cette hypothèse sous-tend l'explication que Hermann Paul donne de la métaphore : « Il va de soi que, pour produire des métaphores, du moment où elles sont naturelles et relèvent du langage populaire, nous recourons, en règle générale, aux domaines de représentation les plus puissants de l'âme. Ce qui est plus loin de la compréhension et de l'intérêt est alors rendu plus concret (anschaulicher) et familier par le biais de quelque chose de plus près. » [Paul Hermann, 1880, Prinzipien der Sprachgeschichte, Halle : Niemeyer, p. 95], cité d'après Skirl & Schwarz-Friesel [2013 : 9], traduit de l'allemand par nous-mêmes.

17 Jahresgutachten des Sachverständigenrates zur Begutachtung der gesmatwirtschaftlichen Entwicklung 2017/2018, p. 1 ; ces rapports d'expertises sont disponibles à www.sachverstaendigenrat-wirtschaft.de/publikationen/jahresgutachten.html. Consulté le 6 janvier 2019.

18 Jahresgutachten des Sachverständigenrates zur Begutachtung der gesmatwirtschaftlichen Entwicklung 2015/2016, p. 1. Consulté le 6 janvier 2019.


Cite this document


Heike Romoth, «Comprendre les concepts économiques par le biais des métaphores», ELAD-SILDA [En ligne], n° 2 | 2019 ▪ La métaphore dans les discours de spécialité, publié le : 08/10/2019, URL : http://revues.univ-lyon3.fr/elad-silda/index.php?id=408.

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About the author Heike Romoth

Université d’Évry – Val d’Essonne heike.romoth@univ-evry.fr